CŒUR


CŒUR
CŒUR

LA TRADITION a, pendant des siècles, fait du cœur le viscère noble, parfois même pieusement recueilli après la mort des héros, puis embaumé, pour être offert à la vénération. Un transfert suggestif lui a valu d’être paré des qualités de l’âme, pour laquelle la molle cervelle paraissait un indigne habitacle: il symbolise encore aujourd’hui le sens moral, le courage, les vertus, l’ardeur des passions.

Et pourtant, ce n’est qu’un muscle creux, dont les contractions rythmées assurent la circulation du sang. À cet effet le cœur est doté de propriétés spécifiques, dont la plus remarquable est sa relative autonomie fonctionnelle ou automatisme cardiaque. Celui-ci lui permet d’entretenir la vie végétative, celle du sujet qui se repose ou qui dort.

En cours d’effort, les conditions physiologiques varient brusquement au niveau des grands systèmes de l’organisme – musculaire, respiratoire et nerveux notamment – de telle sorte que l’activité cardiaque doit s’adapter à une situation nouvelle. Dans cette adaptation du rythme et de la force des battements du cœur, le système nerveux joue un rôle essentiel, d’une part en agissant sur le muscle cardiaque, d’autre part en contrôlant son irrigation sanguine par les vaisseaux coronaires et en réglant le débit sanguin à la périphérie du corps.

On comprend ainsi pourquoi les maladies du cœur apparaissent souvent comme des inadaptations fonctionnelles à l’effort physique. Elles sont, à ce titre, connues depuis l’Antiquité. Naguère encore, les anomalies congénitales de la structure du cœur, cause de mortalité précoce, étaient pratiquement ignorées. De même, la pathologie cardio-vasculaire n’affectait-elle autrefois qu’une proportion restreinte de la population, puisque l’âge moyen de celle-ci, il y a à peine deux cents ans, était près de deux fois inférieur à celui des habitants d’un pays développé moderne. Chez ces derniers, l’extraordinaire accroissement des cardiopathies, qui rend compte de plus du tiers de la mortalité, s’explique donc en partie par l’accroissement de la longévité moyenne.

Mais d’autres facteurs contribuent à accentuer ce phénomène, à propos duquel on a parlé de maladie de civilisation: difficultés d’adaptation à un monde à la fois sécurisant et agressif, modifications du comportement alimentaire et révolution dans les habitudes nutritionnelles sont souvent invoquées. La responsabilité du médecin s’est ainsi trouvée accrue par l’ampleur des problèmes à résoudre, et la chirurgie, qui entre à son tour en lice avec une audace admirable pour contribuer à la guérison des cardiopathies, a remporté d’éclatants succès. Au prix d’un travail acharné, la cardiologie d’aujourd’hui répond à l’espérance des hommes du XXe siècle.

cœur [ kɶr ] n. m.
• 1508; cuer v. 1130; quors v. 1050; lat. cor, cordis
I A
1Organe central de l'appareil circulatoire. Chez l'homme, Viscère musculaire situé entre les poumons et dont la forme est à peu près celle d'une pyramide triangulaire à sommet dirigé vers le bas, en avant et à gauche. cardiaque; cardi(o)-. Enveloppes du cœur. endocarde, péricarde. Muscle du cœur. myocarde. Cavités du cœur. oreillette, valvule, ventricule. Cœur droit (oreillette et ventricule droits), où circule le sang veineux; cœur gauche (oreillette et ventricule gauches), où circule le sang artériel. Mouvements du cœur. battement; palpitation, pulsation. Contraction ( systole) , dilatation ( diastole ) du cœur. Examen du cœur. échocardiogramme, électrocardiogramme. Maladies de cœur. angine (de poitrine), arythmie, cardialgie, cardiopathie, cardite, collapsus, dyspnée, infarctus, myocardite, souffle, tachycardie. Opération à cœur ouvert, à l'intérieur du cœur. ⇒ cardiotomie. Stimulation du cœur. stimulateur (cardiaque), pacemaker. Arrêt du cœur. Greffe du cœur : transplantation cardiaque. — Cœur-poumon artificiel : appareillage destiné à suppléer l'arrêt momentané de la circulation centrale. — Loc. littér. Percer le cœur : tuer. Tant que mon cœur battra : tant que je vivrai.
Cet organe chez certains animaux, faisant partie des abats. Cœur de veau aux carottes.
2(XIIe) La poitrine. Il la serra tendrement sur, contre son cœur.
3(En loc.) Estomac. Avoir mal au cœur : avoir des nausées. ⇒ haut-le-cœur. Avoir le cœur au bord des lèvres : être prêt à vomir. Avoir le cœur barbouillé. Fig. Soulever le cœur. dégoûter, écœurer. Rester sur le cœur. Avoir, garder une injure sur le cœur (cf. fam. Je ne l'ai pas digéré). « Je ne mâche point ce que j'ai sur le cœur » (Molière). En avoir gros sur le cœur.
BPar anal.
1(XVIe) Ce qui a ou évoque la forme du cœur ( cardioïde, cordé). Cœur suspendu à un collier. Cœur à la crème : fromage à la crème en forme de cœur. Cœur-de-pigeon : variété de cerise. Des cœurs-de-pigeon. Fam. Faire la bouche en cœur; fig.affecter l'amabilité. ⇒ minauder. Elle est arrivée la bouche en cœur, comme si de rien n'était.
Aux cartes, Une des couleurs représentée par un cœur rouge. As de cœur. Couper à cœur.
2(XIIIe) La partie centrale ou active de qqch. centre, milieu. Le cœur d'une ville. Pénétrer au cœur de la forêt. Un cœur de laitue. Cœur d'artichaut, de palmier. Le cœur du bois. duramen. Un fromage fait à cœur, jusqu'au centre. Nucl. Partie (d'un réacteur nucléaire) contenant le combustible et où s'opèrent les réactions de fission.
3Fig. Au cœur de l'hiver, de l'été : au plus fort de l'hiver, de l'été. — Le cœur du sujet, de la question : le point essentiel, capital. Le cœur du débat. vif.Cœur de cible.
II(XIe)
1Par métaph. Le siège des sensations et émotions. Agiter, faire battre le cœur. émouvoir. Serrement de cœur. Une douleur, un chagrin qui arrache, brise, crève, fend, gonfle, perce, serre, ronge le cœur. Avoir le cœur gros. Avoir la rage au cœur. PROV. Cœur qui soupire n'a pas ce qu'il désire. Avoir la joie au cœur, le cœur en fête. « Une immense joie dilatait son cœur » (A. Gide). Mettre du baume au cœur. Le cri du cœur. Un coup au cœur : une forte émotion.
2Loc. (Le siège du désir, de l'humeur) Accepter, avouer, consentir de bon cœur, de grand cœur, de tout cœur, de gaieté de cœur, avec plaisir. ⇒ volontiers. De tout son cœur : de toutes ses forces. D'un cœur léger : avec insouciance et plaisir.
Si le cœur vous en dit : si vous en avez le désir, l'envie, le goût. Avoir, prendre qqch. à cœur : y prendre un intérêt passionné. Avoir à cœur de faire qqch. Je n'ai pas le cœur à rire. N'avoir de cœur à rien. enthousiasme, entrain, goût, intérêt, zèle. Un coup de cœur : un enthousiasme subit pour qqch. ou qqn. « Elle avait la fortune de faire naître un coup de cœur chez le fils du maire » (Goncourt). — À CŒUR JOIE : avec délectation, jusqu'à satiété. S'en donner à cœur joie. Tenir à cœur : être considéré comme très important. « Insistant sur un sujet qui lui tenait à cœur, il reprit [...] » (France).
3Le siège de l'affectivité (sentiments, passions). Les sentiments que le cœur éprouve, ressent. sensibilité, sentiment; affection, attachement, inclination, passion, tendresse. Écouter son cœur. Venir du cœur : être spontané et sincère. « des mélodies spontanées, qui parlent simplement au cœur » (R. Rolland). Aller droit au cœur. 1. toucher. Avoir un cœur sensible. Ami de cœur. Être de (tout) cœur avec qqn. Ne pas porter qqn dans son cœur : avoir de l'hostilité, de la rancune. — Cœur épris. Cœur volage ( fam. cœur d'artichaut). Spécialt amour. Affaire de cœur. Offrir, refuser son cœur. Un amant de cœur. Donner son cœur à qqn. Des peines de cœur. Le courrier du cœur. PROV. Loin des yeux, loin du cœur. Jeunesse de cœur : fraîcheur de sentiments.
La personne considérée dans ses affections, ses sentiments. Conquérir, gagner les cœurs. Bourreau des cœurs. « Charmant, jeune, traînant tous les cœurs après soi » (Racine). Faire le joli cœur, le galant. — T. d'affection Mon petit cœur, mon cœur. amour. Loc. Joli comme un cœur.
♢ (Opposé à raison, esprit) « Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point » (Pascal). Spécialt Intuition. L'intelligence du cœur. Je veux en avoir le cœur net, être éclairé sur ce point.
4 Bonté, sentiments altruistes. Avoir bon cœur, et absolt avoir du cœur. altruisme, charité, compassion, délicatesse, dévouement, générosité, pitié, sensibilité. Avoir un cœur d'or. Bon cœur et mauvais caractère. Homme, femme de cœur. Vous n'avez pas de cœur : vous êtes sans pitié. ⇒ sans-cœur. Un cœur dur, un cœur de pierre, de marbre. Avoir une pierre à la place du cœur. Fam. Avoir le cœur sur la main : être généreux.
5(XIIe ) Vx ou littér. Source des qualités de caractère, siège de la conscience. Un cœur bien né. âme. Vx Avoir du cœur : de l'honneur, de la fierté. « Rodrigue, as-tu du cœur ? » (P. Corneille).
Mod. courage. Le cœur lui manqua. Il n'aura pas le cœur de faire cela. Donner du cœur à l'ouvrage. Haut les cœurs ! courage ! Faire contre mauvaise fortune bon cœur. Fam. Mettre du cœur au ventre : donner courage. Y aller de bon cœur, avec énergie. PROV. À cœur vaillant rien d'impossible.
6La vie intérieure; la pensée intime, secrète. Loc. Du fond de son cœur : dans son for intérieur. Épancher, ouvrir son cœur. avouer, se confier, se livrer. Parler à cœur ouvert, avec franchise, sincérité. Dans le secret de son cœur.
7 ♦ PAR CŒUR : de mémoire. Apprendre, savoir, réciter par cœur. « je retiens tout par cœur » (Tournier). Par ext. Connaître qqn par cœur : connaître parfaitement son caractère, sa vie.
⊗ HOM. Chœur.

cœur nom masculin (latin cor, cordis) Organe musculaire creux, qui constitue l'élément moteur central de la circulation du sang. Ce qui a la forme stylisée de cet organe : Cœur en or. Une des quatre couleurs du jeu de cartes figurée par un cœur rouge ; carte de cette couleur. Nom de divers fromages ayant la forme d'un cœur. La partie centrale d'un légume, d'un fruit, d'un fromage, etc. : Cœur d'artichaut. Partie centrale de quelque chose : Le cœur de la ville. Siège de l'activité principale de quelque chose : Le cœur de l'entreprise. Partie essentielle ; nœud : Le cœur du débat. Siège des sentiments ; sensibilité, affection : Ce que vous me dites me va droit au cœur. Amour : Problèmes de cœur. Siège des sentiments altruistes ; bonté : Avoir du cœur. Personne compatissante : Vous êtes un cœur généreux. Sens moral, conscience : Avoir le cœur pur. Appellation tendre destinée à quelqu'un qu'on aime : Mon cœur ! Héraldique Meuble représentant un cœur, qui peut être enflammé. Synonyme de abîme. ● cœur (citations) nom masculin (latin cor, cordis) Henri Frédéric Amiel Genève 1821-Genève 1881 Les poètes célibataires sont une peste publique ; ils troublent, sans le savoir et le vouloir, tous les cœurs féminins sans emploi. Journal intime, 12 juillet 1866 Jacques Audiberti Antibes 1899-Paris 1965 Si les cœurs étaient clairs, le monde serait clair. Le Mal court Gallimard Marcel Aymé Joigny 1902-Paris 1967 En France, les peines d'argent durent plus longtemps que les peines de cœur et se transmettent de génération en génération. Silhouette du scandale Le Sagittaire Honoré de Balzac Tours 1799-Paris 1850 Dans ces grandes crises, le cœur se brise ou se bronze. La Maison du Chat-qui-pelote Commentaire Balzac transpose ici un mot de Chamfort. Georges Bataille Billom 1897-Paris 1962 Le cœur est humain dans la mesure où il se révolte. L'Orestie Éditions des Quatre-Vents Rémi Belleau Nogent-le-Rotrou 1528-Paris 1577 Non, mon cœur n'est pas un feu couvert. Petites Inventions et Autres Poésies Pierre Laurent Buirette, dit Dormont de Belloy Saint-Flour 1727-Paris 1775 Académie française, 1771 Hélas ! qu'aux cœurs heureux les vertus sont faciles ! Gabrielle de Vergy Élémir Bourges Manosque 1852-Paris 1925 L'égalité est l'idéal de l'esprit de l'homme, et l'inégalité, le penchant de son cœur. Les Oiseaux s'envolent et les fleurs tombent Mercure de France Jean Calvin, de son vrai nom Cauvin Noyon, Oise, 1509-Genève 1564 Il faut que nous ayons un cœur bien dompté, devant que pouvoir profiter en l'école de Dieu. Traité des scandales Sébastien Roch Nicolas, dit Nicolas de Chamfort près de Clermont-Ferrand 1740-Paris 1794 Académie française, 1781 En vivant et en voyant les hommes, il faut que le cœur se brise ou se bronze. Caractères et anecdotes Commentaire Balzac se plaisait à citer Chamfort. Sébastien Roch Nicolas, dit Nicolas de Chamfort près de Clermont-Ferrand 1740-Paris 1794 Académie française, 1781 La pire de toutes les mésalliances est celle du cœur. Maximes et pensées Alain Chartier Bayeux vers 1385-vers 1435 Comme osera la bouche dire Ce que le cuer pas penser n'ose ? Rondeau cœur François René, vicomte de Chateaubriand Saint-Malo 1768-Paris 1848 Rompre avec les choses réelles, ce n'est rien ; mais avec les souvenirs ! le cœur se brise à la séparation des songes, tant il y a peu de réalité dans l'homme. Vie de Rancé André de Chénier Constantinople 1762-Paris 1794 L'art ne fait que des vers : le cœur seul est poète. Élégies Chrétien de Troyes vers 1135-vers 1183 Le corps s'en va, le cœur séjourne. Li cors s'an vet, li cuers séjorne. Le Chevalier à la Charrette Chrétien de Troyes vers 1135-vers 1183 Qui a le cœur, qu'il ait aussi le corps. Qui a le cuer, si et le cors. Cligès Chrétien de Troyes vers 1135-vers 1183 Le cœur a des pensées que ne dit pas la bouche. Ce panse cuers que ne dit boche. Érec et Énide Paul Claudel Villeneuve-sur-Fère, Aisne, 1868-Paris 1955 Le cœur qui d'abord résiste — comme un vase qu'on enfonce dans l'eau et qui se remplit tout à coup. Journal Gallimard Jean Cocteau Maisons-Laffitte 1889-Milly-la-Forêt 1963 Académie française, 1955 Il était victime des pénombres où les sens rencontrent le cœur. Le Grand Écart Stock Pierre Corneille Rouen 1606-Paris 1684 Rodrigue, as-tu du cœur ? Le Cid, I, 5, Don Diègue François de Curel Metz 1854-Paris 1928 Académie française, 1918 La connaissance du cœur humain, c'est l'érudition des flâneurs. L'Amour brode Stock Robert Desnos Paris 1900-Terezín, Tchécoslovaquie, 1945 Les trésors d'un cœur pur ne souffrent pas partage. Fortunes Gallimard Denis Diderot Langres 1713-Paris 1784 Je fais bien de ne pas rendre l'accès de mon cœur facile ; quand on y est une fois entré, on n'en sort pas sans le déchirer ; c'est une plaie qui ne cautérise jamais bien. Lettres, à Mme d'Épinay Alexandre Dumas, dit Dumas fils Paris 1824-Marly-le-Roi 1895 Que de routes prend et que de raisons se donne le cœur pour en arriver à ce qu'il veut ! Préface de la Dame aux camélias Eugène Grindel, dit Paul Eluard Saint-Denis 1895-Charenton-le-Pont 1952 […] Un cœur n'est juste que s'il bat au rythme des autres cœurs. Poèmes retrouvés, Ce que l'Amérique doit entendre Gallimard Gustave Flaubert Rouen 1821-Croisset, près de Rouen, 1880 Académie française, 1880 Chacun de nous a dans le cœur une chambre royale ; je l'ai murée, mais elle n'est pas détruite. Correspondance, à Amélie Bosquet, 1859 Commentaire En évoquant les « chambres royales » des Pyramides, Flaubert songeait à son amour secret et constant pour Élisa Schlésinger. Robert Pellevé de La Motte-Ango, marquis de Flers Pont-l'Évêque 1872-Vittel 1927 Académie française, 1920 et Frantz Wiener, dit Francis de Croisset Bruxelles 1877-Neuilly-sur-Seine 1937 Quand on ne peut plus remplir le cœur d'une femme, il faut encombrer sa vie. Les Nouveaux Messieurs L'Illustration Bernard Le Bovier de Fontenelle Rouen 1657-Paris 1757 Le cœur est la source de toutes les erreurs dont nous avons besoin. Dialogues des morts Anatole François Thibault, dit Anatole France Paris 1844-La Béchellerie, Saint-Cyr-sur-Loire, 1924 Académie française, 1896 Le cœur se trompe comme l'esprit […]. Le Petit Pierre Calmann-Lévy saint François de Sales château de Sales, près de Thorens, Savoie, 1567-Lyon 1622 Les maladies du cœur, aussi bien que celles du corps, viennent à cheval et en poste, mais elles s'en revont à pied et au petit pas. Introduction à la vie dévote Jean Giono Manosque 1895-Manosque 1970 La richesse de l'homme est dans son cœur. C'est dans son cœur qu'il est le roi du monde. Vivre n'exige pas la possession de tant de choses. Les Vraies Richesses Grasset Gabriel Joseph de Lavergne, comte de Guilleragues Bordeaux 1628-Istanbul 1685 Un cœur attendri n'oublie jamais ce qui l'a fait apercevoir des transports qu'il ne connaissait pas, et dont il était capable. Lettres de la religieuse portugaise Marie Jean Hérault de Séchelles Paris 1759-Paris 1794 Apprendre par cœur ; ce mot me plaît. Il n'y a guère en effet que le cœur qui retienne bien, et qui retienne vite. Réflexions sur la déclamation Max Jacob Quimper 1876-Drancy 1944 Croient-ils donc qu'on ait des truffes dans le cœur ? Le Cornet à dés Gallimard Marcel Jouhandeau Guéret 1888-Rueil-Malmaison 1979 Le cœur a ses prisons que l'intelligence n'ouvre pas. De la grandeur Grasset Jean de La Fontaine Château-Thierry 1621-Paris 1695 À qui donner le prix ? Au cœur, si l'on m'en croit. Fables, le Corbeau, la Gazelle, la Tortue et le Rat Jules Laforgue Montevideo 1860-Paris 1887 Ah ! ce soir, j'ai le cœur mal, le cœur à la Lune. L'Imitation de Notre-Dame la Lune, États Alphonse de Prât de Lamartine Mâcon 1790-Paris 1869 Mon cœur, lassé de tout, même de l'espérance N'ira plus de ses vœux importuner le sort. Premières Méditations poétiques, le Vallon Félicité de La Mennais Saint-Malo 1782-Paris 1854 Au moment où la foi sort du cœur, la crédulité entre dans l'esprit. Mélanges religieux et philosophiques François, duc de La Rochefoucauld Paris 1613-Paris 1680 Chacun dit du bien de son cœur, et personne n'en ose dire de son esprit. Maximes François, duc de La Rochefoucauld Paris 1613-Paris 1680 L'esprit est toujours la dupe du cœur. Maximes François, duc de La Rochefoucauld Paris 1613-Paris 1680 Tous ceux qui connaissent leur esprit ne connaissent pas leur cœur. Maximes Pierre Lecomte du Noüy Paris 1883-New York 1947 Dans la vie courante, dans ses relations avec ses pareils, l'homme doit se servir de sa raison, mais il commettra moins d'erreurs s'il écoute son cœur. L'Homme et sa destinée La Colombe Françoise d'Aubigné, marquise de Maintenon Niort 1635-Saint-Cyr 1719 Tous ces désirs de grandeur partent du vide d'un cœur inquiet. Lettres, 1676 Robert Mallet 1915 Je crains les cœurs flâneurs : ils confondent le temps de voir avec le temps d'aimer. Apostilles Gallimard Clément Marot Cahors 1496-Turin 1544 Ne blâmez point doncques notre jeunesse Car noble cœur ne cherche que soulas. Ballade des enfants sans souci donc joie Clément Marot Cahors 1496-Turin 1544 Cœur sans amour toujours loyer demande. Le Balladin Clément Marot Cahors 1496-Turin 1544 Sais-tu pas bien qu'en cœur de noble dame Loger ne peut ingratitude infâme ? Élégie, I Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière Paris 1622-Paris 1673 GÉRONTE — Il me semble que vous les placez autrement qu'ils ne sont ; que le cœur est du côté gauche et le foie du côté droit. SGANARELLE — Oui, cela était autrefois ainsi, mais nous avons changé tout cela. Le Médecin malgré lui, II, 4 Charles de Secondat, baron de La Brède et de Montesquieu château de La Brède, près de Bordeaux, 1689-Paris 1755 Je suis distrait, je n'ai de mémoire que dans le cœur. Mes pensées Alfred de Musset Paris 1810-Paris 1857 Ah ! frappe-toi le cœur, c'est là qu'est le génie. Premières Poésies, À mon ami Ed. Boucher Alfred de Musset Paris 1810-Paris 1857 Le cœur humain de qui ? le cœur humain de quoi ? Celui de mon voisin a sa manière d'être ; Mais, morbleu ! comme lui, j'ai mon cœur humain, moi ! Premières Poésies, Namouna Charles d'Orléans Paris 1394-Amboise 1465 Je suy cellui au cueur vestu de noir. Ballades cœur Blaise Pascal Clermont, aujourd'hui Clermont-Ferrand, 1623-Paris 1662 C'est le cœur qui sent Dieu, et non la raison. Voilà ce que c'est que la foi : Dieu sensible au cœur, non à la raison. Pensées, 278 Commentaire Chaque citation des Pensées porte en référence un numéro. Celui-ci est le numéro que porte dans l'édition Brunschvicg — laquelle demeure aujourd'hui la plus généralement répandue — le fragment d'où la citation est tirée. Blaise Pascal Clermont, aujourd'hui Clermont-Ferrand, 1623-Paris 1662 Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point ; on le sait en mille choses. Pensées, 277 Commentaire Chaque citation des Pensées porte en référence un numéro. Celui-ci est le numéro que porte dans l'édition Brunschvicg — laquelle demeure aujourd'hui la plus généralement répandue — le fragment d'où la citation est tirée. Blaise Pascal Clermont, aujourd'hui Clermont-Ferrand, 1623-Paris 1662 Que le cœur de l'homme est creux et plein d'ordure ! Pensées, 143 Commentaire Chaque citation des Pensées porte en référence un numéro. Celui-ci est le numéro que porte dans l'édition Brunschvicg — laquelle demeure aujourd'hui la plus généralement répandue — le fragment d'où la citation est tirée. Henri Petit 1900-1978 Il n'y a qu'un soleil : ne divise pas ton cœur. Ordonne ton amour Marcel Proust Paris 1871-Paris 1922 L'amour, c'est l'espace et le temps rendus sensibles au cœur. À la recherche du temps perdu, la Prisonnière Gallimard Jean Racine La Ferté-Milon 1639-Paris 1699 Et ne voyais-tu pas, dans mes emportements, Que mon cœur démentait ma bouche à tous moments ? Andromaque, V, 3, Hermione Jean Racine La Ferté-Milon 1639-Paris 1699 Oui, Prince, je languis, je brûle pour Thésée. Je l'aime, non point tel que l'ont vu les enfers […] Mais fidèle, mais fier, et même un peu farouche, Charmant, jeune, traînant tous les cœurs après soi, Tel qu'on dépeint nos Dieux, ou tel que je vous voi. Phèdre, II, 5, Phèdre Raymond Radiguet Saint-Maur-des-Fossés 1903-Paris 1923 Si le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas, c'est que celle-ci est moins raisonnable que notre cœur. Le Diable au corps Grasset Jules Renard Châlons, Mayenne, 1864-Paris 1910 L'amour tue l'intelligence. Le cerveau fait sablier avec le cœur. L'un ne se remplit que pour vider l'autre. Journal, 23 mars 1901 Gallimard Jean-François Paul de Gondi, cardinal de Retz Montmirail 1613-Paris 1679 L'esprit dans les grandes affaires n'est rien sans le cœur. Mémoires Jean Rostand Paris 1894-Ville-d'Avray 1977 Académie française, 1959 Le cœur ne mène pas si vite à l'absurde que la raison à l'odieux. Julien ou Une conscience Fasquelle Jean-Jacques Rousseau Genève 1712-Ermenonville, 1778 On dirait que mon cœur et mon esprit n'appartiennent pas au même individu. Les Confessions Jean-Jacques Rousseau Genève 1712-Ermenonville, 1778 Les sensations ne sont rien que ce que le cœur les fait être. Julie ou la Nouvelle Héloïse Donatien Alphonse François, comte de Sade, dit le marquis de Sade Paris 1740-Charenton 1814 Je ne sais ce que c'est que le cœur, […] je n'appelle ainsi que les faiblesses de l'esprit. La Philosophie dans le boudoir Antoine de Saint-Exupéry Lyon 1900-disparu en mission aérienne en 1944 — Adieu, dit le renard. Voici mon secret. Il est très simple : on ne voit bien qu'avec le cœur. L'essentiel est invisible pour les yeux. Le Petit Prince Gallimard Marie-René Alexis Saint-Leger Leger, dit, en diplomatie, Alexis Leger, et, en littérature Saint-John Perse Pointe-à-Pitre 1887-Giens, Var, 1975 Le cœur est une fine horlogerie dont le caprice nous mène infiniment loin, à condition qu'on sache lui témoigner la même délicatesse. Correspondance, à André Gide, 1er février 1948 Gallimard Marie de Rabutin-Chantal, marquise de Sévigné Paris 1626-Grignan 1696 Le cœur n'a pas de rides. Correspondance, à Mme de Grignan, 29 décembre 1688 Marie de Rabutin-Chantal, marquise de Sévigné Paris 1626-Grignan 1696 La mémoire est dans le cœur ; car, quand elle ne nous vient point de cet endroit, nous n'en avons pas plus que des lièvres. Correspondance, à Mme de Grignan, 9 septembre 1671 Marie de Rabutin-Chantal, marquise de Sévigné Paris 1626-Grignan 1696 La vie est pleine de choses qui blessent le cœur. Correspondance, au comte de Grignan, 28 novembre 1670 Paul-Jean Toulet Pau 1867-Guéthary 1920 C'est à voix basse qu'on enchante Sous la cendre d'hiver Ce cœur, pareil au feu couvert Qui se consume et chante. Les Contrerimes Émile-Paul Paul Valéry Sète 1871-Paris 1945 Mon cœur fut-il si près d'un cœur qui va faiblir ? La Jeune Parque Gallimard Paul Valéry Sète 1871-Paris 1945 Les vilaines pensées viennent du cœur. Mélange Gallimard Commentaire Contrepoint du mot de Vauvenargues. Luc de Clapiers, marquis de Vauvenargues Aix-en-Provence 1715-Paris 1747 Les grandes pensées viennent du cœur. Réflexions et Maximes Paul Verlaine Metz 1844-Paris 1896 Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches Et puis voici mon cœur, qui ne bat que pour vous. Romances sans paroles, Green Messein Horace, en latin Quintus Horatius Flaccus Venusia, Apulie, 65-Rome ? 8 avant J.-C. Il avait autour du cœur une cuirasse de chêne et un triple airain… Illi robur et aes triplex Circa pectus erat… Odes, I, III, 9-10 Virgile, en latin Publius Vergilius Maro Andes, aujourd'hui Pietole, près de Mantoue, 70 avant J.-C.-Brindes 19 avant J.-C. La blessure vit au fond du cœur. Vivit sub pectore vulnus. L'Énéide, IV, 67 Bible Vous les hommes, jusques à quand ces cœurs fermés, ce goût du rien, cette course au mensonge ? Ancien Testament, Psaumes IV, 3 Commentaire Citation empruntée à la « Bible de Jérusalem ». Michel Ney, duc d'Elchingen, prince de la Moskova Sarrelouis 1769-Paris 1815 Soldats, visez au cœur ! Commentaire Par ces paroles, le maréchal Ney commanda lui-même les soldats chargés de l'exécuter, le 7 décembre 1815. Émile Ollivier Marseille 1825-Saint-Gervais-les-Bains 1913 Académie française, 1870. Nous l'acceptons le cœur léger. Commentaire Phrase par laquelle le président du Conseil acceptait, en 1870, la responsabilité de mener la guerre contre la Prusse. Elle lui fut reprochée jusqu'à sa mort, et Ollivier demeura l'« homme au cœur léger ». Johann Wolfgang von Goethe Francfort-sur-le-Main 1749-Weimar 1832 Fermez vos cœurs avec plus de soin que vos portes. Schließt euere Herzen sorgfältiger als euere Türe. Götz von Berlichingencœur (expressions) nom masculin (latin cor, cordis) À cœur, jusqu'au centre d'un produit ; se dit d'un fromage à pâte molle (camembert) dont l'affinage s'est réalisé jusqu'en son centre ; se dit de la partie interne d'une pièce de fonderie ou d'un lingot. À cœur joie, pleinement, abondamment, à satiété, avec délectation. À cœur ouvert, sans rien cacher, en toute simplicité ; se dit d'une intervention chirurgicale pratiquée sur un cœur vide de sang, le maintien de la vie étant assuré par un cœur-poumon artificiel. Arracher, déchirer, fendre, briser, crever le cœur, lui causer une grande douleur. Au cœur de, en plein milieu. Avoir à cœur, prendre à cœur, tenir à quelque chose, s'y appliquer avec ardeur. Avoir bon cœur, avoir du cœur, avoir le cœur sur la main, être très généreux. Avoir du cœur au ventre, être plein d'ardeur, de courage. Avoir le cœur à, avoir envie de, être dans des dispositions pour : Je n'ai pas le cœur à rire. Avoir le cœur à l'ouvrage, être plein d'ardeur dans son travail. Avoir le cœur de, avoir le courage de : Tu n'auras pas le cœur de lui refuser ce jouet. Avoir le cœur gros, être très peiné. Avoir le cœur léger, n'avoir aucun souci. Avoir mal au cœur, le cœur barbouillé, le cœur sur les lèvres, avoir envie de vomir. À votre bon cœur !, invitation à se montrer généreux, à donner son obole. Beau, joli comme un cœur, très beau, très joli. Littéraire. Cœur à cœur, franchement. Littéraire. Cœur de lion, grand courage. Cœur d'or, affectueux, dévoué, généreux. Cœur sec, dur, cœur de pierre, d'airain, personne, caractère insensible, impitoyable. Coup de cœur, brusque emballement pour quelqu'un, quelque chose. Cri du cœur, expression spontanée des sentiments les plus intimes. De gaieté de cœur, de grand cœur, de bon cœur, de tout cœur, très volontiers, sans contrainte. Du fond du cœur, de tout son cœur, très sincèrement. En avoir le cœur net, arriver à savoir à quoi s'en tenir. Être de (tout) cœur avec quelqu'un, partager ses sentiments, se joindre à ce qu'il éprouve. Faire appel au bon cœur de quelqu'un, en appeler à sa générosité. Faire battre le cœur, émouvoir. Faire le joli cœur, faire le galant. Faire mal au cœur, provoquer la nausée ; exciter le dégoût. Femme, homme de cœur, personne courageuse, généreuse. Greffe de cœur, implantation du cœur d'un donneur sur un malade receveur. La bouche en cœur, en affectant un air aimable, en minaudant. Le cœur me manque, je suis découragé. Lever, soulever le cœur, provoquer la nausée, le dégoût. Ne pas porter quelqu'un dans son cœur, éprouver de l'antipathie pour lui. Par cœur, en mémorisant parfaitement un énoncé, dans tout son détail ; en reproduisant l'énoncé exact qu'on a mémorisé. Prendre quelque chose à cœur, en être affecté. Rester sur le cœur, inspirer du ressentiment. Sans cœur, qui est dépourvu de sensibilité. Serrer le cœur, causer de la peine, du chagrin. Si le cœur vous en dit, si cela vous est agréable, si cela vous tente. Tenir au (à) cœur, faire l'objet d'une constante préoccupation. Venir du cœur, être spontané et sincère. Vider, ouvrir son cœur, révéler ses sentiments secrets. Cœur nucléaire, partie d'une arme nucléaire, formée de matériaux fissiles ou fusibles, qui est le siège des réactions nucléaires. Pointe de cœur, dans un branchement ou un croisement de voies, pièce constituée par deux bouts de rails soudés en angle aigu. Cœur d'un réacteur nucléaire, région du réacteur constituée de différents matériaux, choisis et répartis de telle sorte qu'il soit possible d'y réaliser une réaction nucléaire de fission auto-entretenue. (Le combustible nucléaire est l'un des constituants du cœur. Au sens restreint, le cœur est la charge de combustible placée dans le réacteur.) Cœur de cible, partie du public plus spécialement visée par une campagne publicitaire. Bois de cœur, bois parfait, ou duramen. Cœur de l'arbre, partie centrale du tronc, dont le bois est parfois de qualité médiocre, sujet à des fentes, déformations et colorations. (On l'élimine souvent au triage [débit hors cœur].) ● cœur (homonymes) nom masculin (latin cor, cordis) choeur nom masculincœur (synonymes) nom masculin (latin cor, cordis) Partie centrale de quelque chose
Synonymes :
Synonymes :
- Héraldique. abîme

⇒CŒUR, subst. masc.
... le mot « cœur » (...) le mot charnel et sensible, le mot rond dans lequel il y a du sang (A. DE NOAILLES, La Nouvelle espérance, 1903, p. 148).
I.— [Le cœur dans sa réalité physique]
A.— [Le cœur comme organe interne]
1. Usuel
a) [Chez l'homme et les animaux supérieurs] Viscère rouge en forme de cône renversé, situé dans le médiastin, essentiellement constitué d'un muscle (myocarde) doublé de deux tuniques (péricarde, endocarde), divisé intérieurement en deux parties distinctes qui présentent chacune deux cavités communicantes (oreillette en haut, ventricule en bas) — agent principal de la circulation sanguine doué d'un réseau nerveux autonome qui assure son fonctionnement automatique, mais placé sous l'influence du système nerveux central. Comme ce roi brûlant, le cœur, siège au milieu des poumons qui l'enveloppent recevant tout le sang en lui et le renvoyant par ses portes (CLAUDEL, Tête d'or, 2e version, 1901, p. 235). Ce panier des côtes qui porte le cœur comme un beau fruit sur des feuillages (GIONO, Regain, 1930, p. 133). Mon cœur au chaud, ce lapin, derrière sa petite grille des côtes, agité, blotti, stupide (CÉLINE, Voyage au bout de la nuit, 1932, p. 48) :
1. La circulation : c'est une faculté qui n'a d'existence que dans certains animaux, (...) s'exécute dans un système d'organes particulier qui y est propre. Ce système d'organes se compose essentiellement de deux sortes de vaisseaux; savoir : d'artères et de veines; et presque toujours, en outre, d'un muscle creux et charnu qui occupe à peu près le centre du système, qui en devient bientôt l'agent principal, et qu'on nomme le cœur. La fonction qu'exécute le système d'organes dont il s'agit, consiste à faire partir le fluide essentiel de l'animal, qui doit ici porter le nom de sang, d'un point à peu près central où se trouve le cœur lorsqu'il existe, pour l'envoyer de là, par les artères, dans toutes les parties du corps, d'où revenant au même point par les veines, il est ensuite renvoyé de nouveau dans toutes ces parties.
LAMARCK, Philos. zool., t. 2, 1809, pp. 155-156.
2. Description morphologique du cœur d'un mouton. C'est un organe rouge et conique dont la base, tournée vers l'avant du corps (vers la tête) est à l'origine de gros vaisseaux sanguins (...). Deux oreillettes, droite et gauche, de consistance légèrement flasque, occupent la base du cœur. Un sillon transversal, très visible sur la face dorsale et parcouru par d'importants vaisseaux nourriciers du cœur, sépare les oreillettes des ventricules; ceux-ci, fermes et ventrus, vont en s'amincissant jusqu'à la pointe du cœur.
H. CAMEFORT, A. GAMA, Sc. nat., 1960, p. 183.
3. Harvey avait bien montré que le cœur était une pompe aspirante et foulante, et qu'il utilisait, comme les pompes industrielles, des tuyaux et des scupapes. Mais le système circulatoire ne s'en trouvait pas entièrement déshumanisé. Il suffit de regarder une artère pour voir qu'elle n'est pas assimilable à un tuyau de pompe, puisqu'elle participe du miracle protoplasmique, vit, se reproduit, se répare, etc. (...). Nous ne savons pas encore si le cœur naturel contient ou non quelque élément miraculeux, car nous ne possédons pas la description complète de ce cœur. Mais nous savons que le cœur fabriqué en usine est une pure machine matérielle. Or, il se substitue parfaitement au cœur naturel. Même si ce dernier contenait encore « autre chose », la partie remplacée provisoirement par le cœur artificiel se trouve définitivement déshumanisée...
A. DAVID, La Cybernétique et l'humain, 1965, pp. 28-29.
SYNT. a) Cœur + adj. Cœur addisonien. Cœur très petit, symptôme de l'insuffisance surrénale (d'apr. Méd. Biol. t. 1 1970). Cœur alcoolique, cœur amyloïde. Cœur dont le myocarde a subi une dégénérescence amyloïde (ibid.). Cœur anémique, cœur artificiel. ,,Oxygénateur pourvu d'une pompe aspirante et d'une pompe foulante qui remplacent temporairement le cœur`` (Méd. Biol. t. 1 1970). Cœur basedowien. Synon. de cardio-thyréose. Cœur droit. Moitié latérale droite du cœur, recevant le sang non oxygéné et l'expulsant dans les poumons. Cœur droit ou veineux (...) cœur gauche ou artériel (G. GÉRARD, Manuel d'anat. hum., 1912, p. 228). Cœur fibreux, cœur forcé. Cœur insuffisant à la suite d'un effort trop violent et prolongé. Le cœur forcé, l'asystolie aiguë des coureurs, des cyclistes, des surmenés (MACAIGNE, Précis d'hygiène, 1911, p. 197). Cœur gauche. Moitié latérale gauche du cœur, recevant le sang oxygéné et l'expulsant dans tout l'organisme (cf. G. GÉRARD, loc. cit.). Cœur instable ou irritable, malade, mobile, cœur myxœdémateux. Troubles cardiaques d'origine hypothyroïdienne (d'apr. Méd. Biol. t. 1 1970 et GARNIER-DEL. 1972). Cœur pulmonaire. Troubles cardiaques liés à une affection pulmonaire (ibid.; d'apr. Eyraud ds Vie lang., 1969, n° 205, pp. 197-205 : la correction de cette expr. est contestable). Cœur rhumatismal, sénile, triangulaire. Loc. adj. (Chirurgie/opération/opérer) à cœur ouvert. Par ouverture du cœur, après déviation de la circulation sanguine dans un cœur-poumon artificiel; p. anal. à cœur fermé. b) Adj. + cœur. Gros cœur (synon. cardiomégalie). c) Cœur + subst. Cœur-poumon (artificiel). Appareil qui assure provisoirement la circulation et la réoxygénation du sang en dehors de l'organisme (d'apr. ROB. Suppl. 1970, Méd. Biol. t. 1 1970 et GARNIER-DEL. 1972). Cœur + à + subst. Cœur à sinus pulmonaire. Cœur à oreillette gauche « double » (d'apr. Méd. Biol. t. 1 1970). Cœur + de + subst. Cœur d'athlète, de soldat (Strong ds Nouv. Traité Méd., fasc. 3, 1920-24, p. 468). Cœur des gibbeux. Cœur + en + subst. Cœur en ballon de rugby, en goutte, en sabot. Subst. + de/du cœur. Battements, maladie, maux de cœur; bruits, dilatation, enveloppes, greffe, lésions, palpitations, piliers, pulsations, rythme du cœur Loc. subst. À la place du cœur. d) Verbe + cœur. Affluer, refluer au cœur.
Rem. Dans l'expr. cœurs lymphatiques, cœurs désigne p. anal. des organes contractiles faisant circuler la lymphe chez les Amphibiens. Canaux lymphatiques des Batraciens s'ouvrent (...) par quatre cœurs lymphatiques (E. PERRIER, Traité de zool., t. 3, 1899-1925, p. 2796).
En partic.
ALIM. Abat rouge consommé en ragoût. Elle fricassait un cœur de bœuf (ZOLA, L'Assommoir, 1877, p. 752).
PHILOS. Agent principal et symbole de vie. Vie du cœur, tant que mon cœur battra. [Tant que je vivrai.] Le cœur, ce fruit rouge de ma vie, où la vie est le plus joyeuse, le plus intense, le plus active (JOUHANDEAU, M. Godeau intime, 1926, p. 236) :
4. Le cœur et le poumon forment en effet avec le cerveau, suivant l'ingénieuse expression de Bordeu, le trépied de la vie; et aucun de ces viscères ne peut être altéré d'une manière un peu forte ou étendue sans qu'il n'y ait danger de mort.
R.-T.-H. LAENNEC, De l'Auscultation médiate, t. 1, 1819, p. 1.
5. ... au-dessus du bruit des autres organes, il était surtout assourdi par son cœur, qui sonnait des volées de cloche dans chacun de ses membres, jusqu'au bout de ses doigts. S'il posait le coude sur une table, son cœur battait dans son coude; s'il appuyait sa nuque à un dossier de fauteuil, son cœur battait dans sa nuque; s'il s'asseyait, s'il se couchait, son cœur battait dans ses cuisses, dans ses flancs, dans son ventre; et toujours, et toujours, ce bourdon ronflait, lui mesurait la vie avec le grincement d'une horloge qui se déroule.
ZOLA, La Joie de vivre, 1884, pp. 997-998.
6. Ô cœur instantané,
Tu vis, tu meurs,
Ô cœur momentané,
Lourd de rumeurs.
PÉGUY, Quatrains, 1914, pp. 555-557.
7. J'ai eu (...) l'impression qu'à travers moi l'humanité entière passe comme sur une grand'route. Elle est tout moi, et moi tout elle. J'existais le jour où pour la première fois elle a levé les yeux vers les nuages, je serai en elle jusqu'à la fin, s'il y a une fin. Je ne puis mourir. Son cœur est le mien, et ce cœur ne fait que commencer à battre. Ce que j'appelle vivre n'est pas autre chose que la conscience que l'humanité a d'elle-même.
GREEN, Journal, 1938, pp. 152-153.
b) P. anal.
[P. anal. de forme et (parfois) de couleur] Ce qui présente ou évoque la forme plus ou moins stylisée (en pointe vers le bas, en double hémicycle vers le haut) et (parfois) la couleur rouge d'un cœur. En forme de cœur. Ayant, sous la lèvre d'en bas, un rond de peinture rouge qui leur fait comme l'exagération de ce qu'on appelle chez nous ,,la bouche en cœur`` (LOTI, Japoneries d'automne, 1889, p. 46); sa petite bouche en cœur, une bouche farce, qui a toujours l'air de siffler (GYP, Souvenirs d'une petite fille, 1927, p. 165). Un cœur avec des ailes et à la voix d'amour : le rouge-gorge frêle (JAMMES, Les Géorgiques chrétiennes, 1912, p. 75).
Rem. Pour les emplois de l'expr. bouche en cœur où l'accent est mis sur l'intention d'amabilité (et non sur l'anal. de forme ou de couleur), v. bouche I D 2.
Spécialement
BOT., HORTIC. [À propos de feuilles, fleurs, fruits, légumes rappelant la forme d'un cœur] Ses lilas (...) les petits cœurs verts et frais de leurs feuilles (PROUST, Du côté de chez Swann, 1913, p. 135). Feuilles (...) ovoïdes, en cœur à la base (L. PLANTEFOL, Cours de bot. et de biol. végétale, t. 2, 1931, p. 281). Cœur-de-bœuf. Variété de chou cabus. Chou cœur de bœuf gros (...) chou de printemps par excellence (...) gros, rustique, pomme serrée (A. GRESSENT, Le Potager moderne, 1863, p. 300). Cœur-de-bœuf ou cœur de pigeon. Bigarreau gros-cœuret. (...) caressé en forme de cerise cœur-de-bœuf le contour des lèvres (GIONO, Bonheur fou, 1957, p. 32). Cœur-de-Jeannette ou cœur-de-Marie. Variété de dicentre (Fumariacées) cultivée pour la valeur ornementale de ses fleurs en cœur rose vif, disposées en grappe sur une longue tige recourbée. Ces fleurs de parterre (...) les cœurs de Marie qui semblent démodées et qui sont plus fraîches que la rosée, encore, et plus éclatantes que l'arc-en-ciel (POURRAT, Gaspard des montagnes, Le Château des sept portes, 1922, p. 140). Des cœurs-de-Jeannette et des pavots (COLETTE, Sido, 1929, p. 149).
Rem. Pour cœur des Indes, v. cardiosperme s.v. cardi (a) (o)-.
CH. DE FER. Pointe-de-cœur ou cœur. Pièce en angle aigu utilisée dans les changements de voie. Comprendre l'aiguille et le cœur dans la courbe (Ch. BRICKA, Cours de ch. de fer, t. 1, 1894, p. 385).
CONCHYLIOLOGIE. Coquillage en forme de cœur. Les cœurs, les vénus, les mactres (CUVIER, Leçons d'anat. comp., t. 4, 1805, p. 427; cf. aussi t. 2, p. 594).
HABILL. Bottes à cœur. Bottes avec des échancrures en cœur. Le costume d'un petit-maître de l'Empire (...) un jabot très-roide, des bottes à cœur (G. SAND, Le Péché de Monsieur Antoine, 1847, p. 137). Gilet à cœur. Trottant en gilet à cœur, en claque et en escarpins de bal (P. ARÈNE, Jean des Figues, 1870, p. 132). Corsage, décolleté en cœur. Corsage à basque ronde (...) ouvert en cœur (MALLARMÉ, La dernière mode, 1874, p. 711); p. ell. Une vieille femme (...) dans une robe feuille morte, montrant par un cœur très évasé un grand morceau de vieille peau (E. et J. DE GONCOURT, Journal, 1870, p. 693).
HÉRALD. Meuble en forme de cœur. Ses armes parlantes [de Jacques Cœur], des cœurs comme ceux d'un dix de cœur (STENDHAL, Mémoires d'un touriste, t. 1, 1838, p. 355).
JEUX (cartes). L'une des quatre couleurs, représentée par un cœur de forme stylisée et de couleur rouge. As de cœur (cf. as ex. 1); dame/roi/valet de cœur; à tout cœur :
8. Il jette une carte sur le tapis. Panisse la regarde, regarde César, puis se lève brusquement, plein de fureur. PANISSE.
— Est-ce que tu me prends pour un imbécile? Tu as dit : « Il nous fend le cœur » pour lui faire comprendre que je coupe à cœur. Et alors il joue cœur, parbleu!
PAGNOL, Marius, 1931, III, 1er tabl., 1, p. 158.
Rem. Se dit aussi des cartes qui portent cette couleur. Probabilité de tirer 3 cœurs en tirant successivement 3 cartes d'un jeu de 52 cartes (G. CULLMANN, M. DENIS-PAPIN, A. KAUFMANN, Éléments de calcul informationnel, 1960, p. 26).
Arg. Valet de cœur. Amoureux :
9. Quand je t'aimais le mieux, sans m'en dire les causes
Brusquement ton amour de moi s'est écarté.
Où s'en est-il allé? Partout un peu, je pense;
Car, faisant triompher l'une et l'autre couleur,
Ton amour inconstant flotte sans préférence
Du brun valet de pique au blond valet de cœur.
Te voilà maintenant heureuse : ton caprice
Règne sur une cour de galants jouvenceaux, ...
MURGER, Scènes de la vie de bohème, 1851, p. 281.
ORNEMENTATION (sans valeur symbolique marquée). Une ogive en cœur échancrée à la base comme celles de la mosquée de Cordoue (T. GAUTIER, Italia, voyage en Italie, 1852, p. 97). Les volets, percés de trèfles et de cœurs (S. DE BEAUVOIR, Mémoires d'une jeune fille rangée, 1958, p. 14).
[P. anal. de forme et de lieu] Ce qui présente ou évoque la forme et la position du cœur. Comme la fusée à mi-route des étoiles, épanouit son cœur brûlant et retombe en gerbe de feu (BARRÈS, Mes cahiers, t. 4, 1904-1906, p. 231).
Spéc., BOT., HORTIC. Partie plus ou moins arrondie et centrale d'une fleur, d'un fruit, d'un légume, rappelant la forme et la position du cœur. Cœur d'artichaut, de laitue, de palmier. Ce qu'il y avait de meilleur à manger (...) le cœur de sa salade (G. SAND, La Petite Fadette, 1849, p. 41). Une rose énorme, largement ouverte, versant de son cœur pourpré où dormaient des scarabées, une odeur suave (MOSELLY, Terres lorraines, 1907, p. 159) :
10. Ne savez-vous pas que les sympathies ont leur secret qu'il faut respecter, au lieu de les traiter comme les enfants font des tulipes encore à demi-fermées, qui en ouvrent de force les pétales pour regarder plus avant, et ne trouvent au cœur qu'un peu de vide et de poussière?
TOULET, Les Tendres ménages, 1904, p. 179.
Rem. Dans cet emploi ambivalent, l'anal. de forme est moins nette que supra et l'anal. de lieu l'emporte, mais celle-ci est encore plus évidente en I B.
[P. anal. de fonction]
♦ Personne qui joue un rôle capital dans une activité quelconque. Être le cœur d'une entreprise. Être son organe d'animation :
11. ... ce n'est pas sur du bois seulement que le Rédempteur est étendu et crucifié, c'est sur l'univers dont il forme désormais le nœud, le centre, la raison d'être, le cœur, le pivot, la pièce essentielle, et vitale, cet organe par qui il respire et communique dans toutes ses parties.
CLAUDEL, Un Poète regarde la Croix, 1938, p. 156.
♦ Chose qui remplit une fonction essentielle dans un mécanisme. Frapper au cœur :
12. Cœur hypertrophique d'un réseau de veines et d'artères ramassées, elle [la gare Saint Lazare] distribue un trafic dense et bref, que la mer voisine tranche et borne.
A. ARNOUX, Paris-sur-Seine, 1939, p. 151.
2. Dans qq. loc. figées. [Chez l'homme uniquement]
a) Complexe organique interne, de nature indifférenciée, auquel se rattache parfois une impression de malaise. Le barbouillage de cœur (...) tous les malaises physiques et moraux d'une physionomie de femme (E. et J. DE GONCOURT, Journal, 1890, p. 1157). Le cœur brouillé de fatigue physique et de dégoût moral (DE VOGÜÉ, Les Morts qui parlent, 1899, p. 218).
Au fig. Atteinte sournoise d'anxiété (...) qu'elle nommait (...) son mal de cœur moral (COLETTE, Chéri, 1920, p. 178) :
13. Le luxe de Passavant l'a dégoûté; son élégance, ses manières aimables, sa condescendance, l'affectation de sa supériorité. Oui, ça lui a levé le cœur. Et j'ajoute que je comprends ça... au fond, il est à faire vomir, ...
GIDE, Les Faux-monnayeurs, 1925, p. 1228.
b) [Sans doute p. réf. au cardia] (Quasi-) synon. estomac :
14. ... la vue de la viande déposée sur la table, lui souleva le cœur; il prescrivit qu'on la fît disparaître, commanda des œufs à la coque, tenta d'avaler des mouillettes, (...) manquant d'air, il se leva, mais les mouillettes avaient gonflé, et remontaient lentement dans le gosier qu'elles obstruaient. Jamais il ne s'était senti aussi inquiet, aussi délabré, aussi mal à l'aise; (...) il fut s'étendre sur le canapé du salon, mais alors un tangage de navire en marche le berça et le mal de cœur s'accrut; ...
HUYSMANS, À rebours, 1884, pp. 218-219.
SYNT. Avoir le cœur barbouillé/noyé/soulevé; avoir le cœur bien accroché; avoir le cœur sur les lèvres; retourner le cœur; avoiraire mal au cœur. Jeter/mettre du cœur sur le carreau (arg.). Vomir.
Rem. Dans qq. expr. vieillies, cœur tend à être employé comme (quasi-) synon. de appétit. Avoir le cœur bon. Avoir de l'appétit. N'être pas malade de cœur. Garder de l'appétit. Cf. aussi : Attaqu[er] de grand cœur une fort alléchante collation (MILOSZ, L'Amoureuse initiation, 1910, p. 29); Réveillonn[er] de bon cœur et de bel appétit (G. GUÈVREMONT, Le Survenant, 1945, p. 108).
c) P. euphémisme, rare, littér. (Quasi-)synon. entrailles, ventre. Comme la femme qui dans son cœur éprouve la commotion de l'enfant mâle (CLAUDEL, La Ville, 2e version, 1901, p. 453).
B.— P. méton. Poitrine, qui abrite le cœur (et, secondairement, les autres organes internes primordiaux); en partic. l'endroit de la poitrine où les battements du cœur sont perceptibles :
15. ... Edmond, penché sur son ami, la main appliquée à son cœur, sentit successivement ce cœur se refroidir et ce cœur éteindre son battement de plus en plus sourd et profond. Enfin, rien ne survécut; le dernier frémissement du cœur cessa, la face devint livide, les yeux restèrent ouverts, mais le regard se ternit.
A. DUMAS, Père, Le Comte de Monte-Cristo, t. 1, 1846, p. 241.
C.— P. métaph. ou au fig. [P. réf. plus ou moins nette à la position quasi-médiane du cœur dans la poitrine] Le cœur de qqc., au cœur de qqc. (Quasi-)synon. centre, milieu ou dedans, intérieur, profondeur.
1. [En parlant de choses situées dans l'espace] ... chassés du cœur de l'empire aux extrémités, rejetés des frontières au centre (CHATEAUBRIAND, Ét. hist., 1831, p. 199). N'être jamais que des faubourgs, quand on vise au cœur de la place, fréquenter toute sa vie la Cour sans en avoir jamais pu être par le dedans (SAINTE-BEUVE, Causeries du lundi, t. 9, 1851-62, p. 164). ... s'enfermait « au cœur des bois » (...) restait bien profondément gardé par leur épaisse poitrine (J. DE LA VARENDE, Nez-de-cuir, gentilhomme d'amour, 1936, p. 85).
SYNT. (Au/en plein) cœur de la forêt/de l'obscurité, des ténèbres; atteindre/s'enfoncer/pénétrer au cœur de (...).
Spécialement
BOT., CHARPENT., MENUIS. Partie centrale d'un tronc d'arbre, caractérisée par sa dureté et sa couleur foncée. (Quasi-)synon. bois parfait, duramen p. oppos. à aubier :
16. Duraminisation. Cœur et aubier. (...). Dans les couches extérieures du tronc, le bois qui vient d'être formé depuis quelques années conserve une couleur claire; ses cellules ont leurs parois purement cellulosiques et sont gorgées d'eau (...). Mais, pendant que des couches nouvelles se forment vers l'extérieur, les couches plus internes subissent peu à peu de profondes modifications. Elles perdent d'abord une partie de l'eau libre qu'elles contenaient. Puis leurs parois se durcissent, s'incrustent de lignine; (...). On distingue alors souvent sur la section transversale une zone interne, colorée, appelée bois parfait, ou cœur de l'arbre, en opposition avec une zone externe, plus claire, l'aubier.
J. CAMPREDON, Le Bois, 1948, p. 12.
SYNT. Cœur étoilé, excentré, mort, noir, renfermé, rouge; cœur de chêne.
GASTR. Fromage très crémeux. Cœur de Brayon ou cœur normand. Petits cœurs à la crème (...) « Bon fromage à la cré, fromage à la cré, bon fromage! » (PROUST, La Prisonnière, 1922, p. 128). Les fromages dits frais (suisses, cœurs à la crème, etc.) (...) préparés avec du lait caillé auquel on ajoute de la crème (R. LALANNE, L'Alim. hum., 1942 p. 77).
Expr. À cœur. Dans toute l'épaisseur. Camembert fait à cœur (d'apr. ROB. Suppl. 1970).
Rem. À cœur s'emploie aussi à propos d'autres produits alim. Poissons (...) congelés à cœur (A. BOYER, Les Pêches mar., 1967, p. 64), et même à propos de produits non alim. dans des domaines techn. très variés. [Pour le forgeage des fleurets en acier au carbone] chauffer lentement et bien à cœur jusqu'au rouge cerise (J. CAHEN, E. BRUET, Carrières, plâtrières, ardoisières, 1926, p. 95). Les panneaux de bois, contreplaqués (...) imprégnés « à cœur » (Catal. d'instruments de lab. (Jouan), 1933, p. 4).
HÉRALD. Milieu de l'écu. (Quasi-)synon. abîme. D'or, à la croix de sable (...) chargée en cœur d'une fleur de lys d'or (BALZAC, Le Lys dans la vallée, 1836, p. 33).
PHYS. Partie du réacteur nucléaire qui renferme le combustible. Le cœur du réacteur (...) un cylindre de trois mètres de hauteur (...) les éléments de combustible (...) pastilles d'oxyde d'uranium enrichi (...) logées dans d'étroits cylindres de zirconium (...) Le tout (...) situé dans un caisson cylindrique (GOLDSCHMIDT, L'Aventure atomique, 1962, p. 211).
Rem. 1. ,,Terme familier`` selon CHARLES 1960. 2. Certains aut. appellent cœur la partie centrale de divers phénomènes phys. Le « cœur » d'un atome (TEILHARD DE CHARDIN, Le Phénomène humain, 1955, p. 36).
TECHNOL., vx. Cœur de cheminée. Partie centrale de la cheminée. Être noir comme le cœur de la cheminée.
Rem. Attesté ds Ac. 1798-1878, BESCH. 1845, Lar. 19e, LITTRÉ, GUÉRIN 1892, QUILLET 1965.
2. [En parlant de choses situées dans un espace de temps] Cœur de l'été/de l'hiver/du mois. Les paysages tahitiens, éclairés par la lune, au cœur de la nuit, dans le grand silence de deux heures du matin (LOTI, Le Mariage de Loti, 1882, p. 196).
3. [En parlant d'une réalité abstr.] Au cœur de la vie humaine, dans les mystères de la volonté charnelle, en ce donjon fermé d'où la raison reine et captive traite avec les puissances mutines de la nature (M. BLONDEL, L'Action, 1893, p. 178). Bondi dans le cœur du sujet sitôt le préambule achevé (DU BOS, Journal, 1927, p. 176).
SYNT. (Entrer... au) cœur des choses, du débat, d'un problème, de la question.
Expr. Le cœur du cœur. Le fin fond. Le cœur du cœur de l'espérance humaine : ce pardon indéfiniment renouvelé, cette rémission des péchés (MAURIAC, Mémoires intérieurs, 1959, p. 120).
II.— [Le cœur comme foyer ou réceptacle de la vie intérieure] ,,Qui ne sait qu'une physiologie peu exercée a donné au cœur un rôle, peu défini, mais excessif, comme organe de toute notre vie intime?`` (Théol. cath. t. 3, 1 1911).
A.— [P. réf. à l'automatisme cardiaque; le cœur comme organe ou lieu d'une saisie plus ou moins automatique]
1. Gén. dans des loc. figées. Mémoire mécanique. Apprendre/connaître/réciter/savoir par cœur (qqc.). Mécaniquement, littéralement :
17. Un escalier de vingt-cinq marches conduit à l'étage; très-élevé, très-roide, sans rampe, il est tellement étroit, si endommagé, si singulièrement construit, que j'ai dû positivement l'apprendre par cœur afin de pouvoir, la nuit, l'escalier sans danger. Je pourrais t'indiquer de mémoire les deux marches qui manquent; ...
FROMENTIN, Un Été dans le Sahara, 1857, p. 116.
P. anal. et plaisant., fam. Dîner par cœur. Se passer de dîner (cf. ZOLA, L'Assommoir, 1877, p. 756 et VERLAINE, Correspondance, t. 2, 1869-96, p. 100).
Rem. D'apr. LITTRÉ ,,cette locution paraît s'être dite d'abord de celui qui, au lieu de dîner, parlait, racontait, récitait, et de la sorte se passait de manger``.
2. Mémoire affective :
18. Dans toute âme qui de bonne heure a vécu, le passé a déposé ses débris en sépultures successives que le gazon de la surface peut faire oublier; mais, dès qu'on se replonge en son cœur et qu'on en scrute les âges, on est effrayé de ce qu'il contient et de ce qu'il conserve; il y a en nous des mondes! Ces souvenirs, du moins, que je me surprends ainsi à poursuivre jusqu'en leur tendre badinage, ne sont-ils pas trop coupables dans un homme de renoncement, ...
SAINTE-BEUVE, Volupté, t. 1, 1834, p. 33.
19. ... le cœur de l'homme filtre les souvenirs et ne garde que ceux des beaux jours. La douleur, les haines, les regrets éternels, tout cela est trop lourd, tout cela tombe au fond... On oubliera. Les voiles de deuil, comme des feuilles mortes, tomberont. L'image du soldat disparu s'effacera lentement dans le cœur consolé de ceux qu'il aimait tant. Et tous les morts mourront pour la deuxième fois.
DORGELÈS, Les Croix de bois, 1919, p. 317.
20. ... ces anciens sentiments si personnels à moi, que j'ai eus, me semblent, ce qui est la manie de tous les collectionneurs, très précieux. Je m'ouvre à moi-même mon cœur comme une espèce de vitrine, je regarde un à un tant d'amours que les autres n'auront pas connus. Et de cette collection à laquelle je suis maintenant plus attaché encore qu'aux autres, je me dis, un peu comme Mazarin pour ses livres, mais, du reste, sans angoisse aucune, que ce sera bien embêtant de quitter tout cela.
PROUST, Sodome et Gomorrhe, 1922, p. 703.
SYNT. Remonter au cœur; emporter, garder, graver qqn/qqc. dans son cœur.
3. Mode de connaissance intuitif, gén. opposé à l'intelligence rationnelle, discursive. L'instinct, l'intelligence du cœur; c'est mon cœur qui me le dit :
21. Il faut d'abord chercher la vérité avec son cœur, et non avec son esprit. Les hommes sentent tous de la même manière, et ils raisonnent différemment, parce que les principes de la vérité sont dans la nature, et que les conséquences qu'ils en tirent sont dans leurs intérêts. C'est donc avec un cœur simple qu'on doit chercher la vérité; car un cœur simple n'a jamais feint d'entendre ce qu'il n'entendait pas, et de croire ce qu'il ne croyait pas. (...).
BERNARDIN DE SAINT-PIERRE, La Chaumière indienne, 1791, p. 103.
22. Combien j'ai de choses à vous dire! Vous les devinez, vous les sentez, ma chère amie, parce que votre cœur est si pénétrant! On n'a jamais dit, je crois, un cœur pénétrant; mais l'esprit qui conçoit rapidement et le cœur qui sent, devine avec une grande promptitude, ne peuvent-ils pas mériter la même épithète; n'est-ce pas une véritable pénétration, que cette vivacité de votre ame qui vous fait concevoir tout ce qui se passe dans la mienne, vous met, en quelque sorte, à ma place, et vous fait saisir les plus légères nuances du sentiment qui m'affecte.
SÉNAC DE MEILHAN, L'Émigré, 1797, p. 1558.
23. Voici mon secret. Il est très simple : on ne voit bien qu'avec le cœur. L'essentiel est invisible pour les yeux.
SAINT-EXUPÉRY, Le Petit Prince, 1943, p. 474.
Expr. Connaître qqn ou qqc. par (le) cœur. Connaître avec l'infaillibilité de l'instinct intuitif, à fond, parfaitement. ... possible que tu me connaisses par cœur. Mais tu ne me regardes pas (COCTEAU, Les Parents terribles, 1938, I, 4, p. 203). En avoir le cœur net (de qqc.). Vérifier si ce dont on a l'intuition correspond bien à la réalité, à la vérité :
24. ... une idée l'occupait, et, pour en avoir le cœur net, elle demanda : — Depuis quand êtes-vous là?
A. FRANCE, La Révolte des anges, 1914, p. 104.
[P. allus. littér. (à VAUVENARGUES, Réflexions et maximes, 1746, p. 127)] Les grandes pensées viennent du cœur :
25. Je n'emploie pas volontiers ce mot « cœur ». Il le faut bien pourtant, afin de donner à entendre que le cerveau a partie liée avec le reste de l'organisme, et qu'il peut sans doute raisonner fort bien dans l'abstrait, mais que tout raisonnement abstrait omet le plus vital de notre être. (...) Le sublime est irraisonnable; mais déclarer que « les grandes pensées viennent du cœur » revient simplement à dire avec Montaigne : « Rien de noble ne se fait sans hasard », et que l'homme n'obtient pas grand'chose de soi par le simple raisonnement.
GIDE, Journal, 1929, p. 917.
Spéc. en matière de foi :
26. Vous plaignez l'aveugle qui n'a jamais vu les rayons du jour, le sourd qui n'a jamais entendu les accords de la nature, le muet qui n'a jamais pu rendre la voix de son âme, et, sous un faux prétexte de pudeur, vous ne voulez pas plaindre cette cécité du cœur, cette surdité de l'âme, ce mutisme de la conscience qui rendent folle la malheureuse affligée et qui la font malgré elle incapable de voir le bien, d'entendre le Seigneur et de parler la langue pure de l'amour et de la foi.
A. DUMAS Fils, La Dame aux camélias, 1848, p. 23.
27. Nous trouverons donc en nous deux ordres de réponses à la sensation (...) que nous donnent la vue du ciel et l'imagination de l'univers. Les unes seront spontanées, et les autres élaborées. (...). On les distingue souvent en attribuant les unes au cœur, les autres à l'esprit. Ces termes sont assez commodes. Le cœur finit presque toujours, dans sa lutte contre la figure effrayante du monde, par susciter, à force de désir, l'idée de quelque être assez puissant pour contenir, pour avoir construit, ou pour émettre, ce monstre d'étendue et de rayonnements qui nous produit, ...
VALÉRY, Variété I, 1924, pp. 160-161.
Rem. Dans le passage célèbre de Chateaubriand (Essai sur les Révolutions, 1797, p. XI : Je n'ai point cédé, j'en conviens, à de grandes lumières surnaturelles; ma conviction est sortie du cœur : j'ai pleuré et j'ai cru), l'intuition se nuance d'affectivité.
♦ [P. allus. littér. (à PASCAL, Pensées, 1669, section IV, 277 et 278, p. 201 du t. 13 des Œuvres de B. Pascal, par L. Brunschvicg, Paris, Hachette, 1904)] Le cœur a ses raisons, que la raison ne connaît point — C'est le cœur qui sent Dieu, et non la raison; Voilà ce que c'est que la foi : Dieu sensible au cœur, non à la raison :
28. ... le cœur se trouve ici promu à la qualité d'organe de la vérité ou plus exactement pour appréhender la vérité, (...). Plus profondément l'appréhension par le cœur est aux yeux de Pascal fait primitif parce qu'acte unique de l'être, je veux dire non divisible en moments distincts et comme soustrait au temps (...). Nous sommes ici en présence entre cœur et raison (et nous savons que le Pascal des Pensées — mû ici par la logique souterraine de ses tendances — en arrive toujours davantage à entendre par raison : raisonnement) d'une distinction (...) qui nous donne l'impression que traduit de façon parfaite l'image où Bergson, voulant exprimer les relations de la pensée discursive à l'acte intuitif, disait : « L'intuition est la pièce d'or dont le raisonnement n'a jamais fini de rendre la monnaie ». (...). Cet aspect de la notion de cœur est très voisin de l'intuition bergsonienne : j'irai jusqu'à dire que, dans le langage d'aujourd'hui, en traduisant là le mot de cœur par celui d'intuition on ne commettrait sans doute nul contresens. Le problème (...) c'est le passage de cet aspect-là à celui du fragment « La foi c'est Dieu sensible au cœur ». Et entre les deux se trouverait le fragment que j'ai rapproché d'Hamlet « que le cœur humain est creux et plein d'ordure ». Notons qu'ici Pascal dit « le cœur humain » et que dans le premier cas il s'agit plutôt du cœur de l'intellect, ...
DU BOS, Journal, 1923, pp. 354-355.
29. Depuis plus d'un demi-siècle, ce cœur, qui déjà se contractait au collège lorsqu'il fallait aller au tableau, n'a cessé de se serrer et de se dilater, jouet de toutes les passions, livré à Dieu, livré aux créatures... Charnel, et voilà le mystère : un organe comme tous les autres organes, et pourtant quand on dit : le cœur, quand Pascal parle du « Dieu sensible au cœur », ou « le cœur a ses raisons », sans doute s'agit-il pour lui d'abord d'un certain mode de connaissance intuitive. Tout de même, il y a là beaucoup plus qu'une image, beaucoup plus qu'un symbole. C'est toujours notre passion, la plus haute ou la pire, qui précipite ou ralentit ses battements.
MAURIAC, Le Bâillon dénoué, 1945, p. 466.
Rem. Pour ces passages, certains auteurs donnent abusivement à cœur le sens de affectivité, amour. Dans la lang. cour., la phrase célèbre Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point est souvent employée, familièrement, à propos d'inclination amoureuse (cf. R. MARTIN DU GARD, Les Thibault, La Belle saison, 1923, p. 851).
B.— [P. réf. à l'intériorité et à l'activité de l'organe en tant que facteur central de la vie hum. individuelle] Le cœur comme foyer ou réceptacle de la vie intérieure profonde, de la personnalité morale d'un individu.
1. En gén. Le fond secret d'un être, dans son unité et sa vérité primitives, cachées sous les apparences ou se révélant dans un élan de spontanéité, de sincérité; ensemble des sentiments et idées intimes commandant le comportement d'un individu. Son cœur (...) un logis qui n'a pas d'escalier (MUSSET, Namouna, 1832, p. 398). Le cœur (...) vase sacré tout rempli de secrets (VIGNY, Le Journal d'un poète, 1835, p. 1022) :
30. ... tu ne m'ouvres que la tête : c'est le cœur, c'est l'âme, c'est l'intime, ce qui fait ta vie, que je croyais voir. Tu ne me montres que ta façon de penser; tu me fais monter, et moi je voulais descendre, te connaître à fond dans tes goûts, tes humeurs, tes principes, en un mot, faire un tour dans les coins et recoins de toi-même.
E. DE GUÉRIN, Journal, 1835, p. 83.
31. L'esprit seul est vie, et le corps se résorbe en lui. En l'homme, il est un lieu qui est celui de l'unité, un centre de la créature, que Troxler appelle le gemüt, — disons le cœur. Le cœur est l'unité du corps et de l'esprit, comme de l'âme et du sôma.
Le cœur est l'être même de l'homme..., sa vraie individualité, le centre vivant de son existence, le monde de tous les mondes en lui, l'homme en soi.
BÉGUIN, L'Âme romantique et le rêve, 1939, pp. 92-93.
32. ... le sang Alibert, si vigoureux, n'a d'élans que secrets, animé qu'il est par un cœur difficile à entendre. Ce cœur peut battre fort (car cela arrive aussi) mais toujours régulièrement, et le bruit en est étouffé par une volonté plus lourde, souveraine du cœur. Ils ont un sentiment très grand de l'honneur du visage; et, pour eux, n'y laisser rien paraître de l'âme, est un souci si naturel qu'ils en gardent ce pli de gravité par où seulement ils vous livrent le signe de leur vie intérieure.
BOSCO, Le Mas Théotime, 1945, p. 340.
P. anal. :
33. C'est un aquarium qui montre à nu, le mieux,
Dans son eau compliquée, entre des murs de verre,
Le cœur de l'eau, scruté par l'angoisse des yeux.
Là, vraiment net et sûr, le cœur de l'eau s'avère!
Or, dans ce trouble glauque, on trouve un peu de soi,
Un peu du cœur humain qui se tient clos et coi,
Impénétrable cœur plein de choses confuses
Qui dans des murs de verre aussi semblent recluses,
Ô cœur mystérieux comme un aquarium!
Rêves en léthargie, embryons de pensées
Trempant dans une eau morte, aux pâleurs nuancées,
Qui se peuple comme un beau songe d'opium : ...
RODENBACH, Le Règne du silence, 1891, pp. 68-70.
SYNT. Cœur + adj. Cœur débordant (de), fermé, profond, sincère. Subst. + du cœur. Connaissance, cri [N'accus[er] juste leurs sentiments que dans les mots imprévus... le cri du cœur (STENDHAL, De l'Amour, 1822, p. 62)], écho, effusion, élan, élancement, épanchement, langage, langue, mouvement(s), ouverture, replis, secrets, voix du cœur. Cœur + verbe. Déborder, s'épancher, s'ouvrir. Verbe + le/son cœur. Connaître le cœur humain, épancher, fermer, fouiller, montrer (le fond de), ouvrir [Ouvrir mon cœur... dire la vérité (E. et J. DE GONCOURT, Journal, 1863, p. 1258)], répandre, soulager, verser, vider [Vidait son cœur et se livrait ... à des aveux (COCTEAU, Les Enfants terribles, 1929, 2e part., chap. 3, p. 146)] son cœur. Verbe + dans le/son cœur. Lire, renfermer, trouver dans le/son cœur. Verbe + du cœur. Jaillir, monter, sortir, venir du cœur.
Loc. Cœur-à-cœur. Relation d'intimité entre deux êtres qui échangent en toute confiance leurs pensées les plus profondes. Volupté de ce cœur-à-cœur... une de ces heures d'intimité... joie de pouvoir laisser crever et couler sa pauvre âme boursouflée de lyrismes (R. MARTIN DU GARD, Devenir, 1909, p. 22). Contemplation immédiate du vivant principe... Cœur-à-cœur aussi étroit que possible avec « l'être » même du Verbe incarné (BREMOND, Hist. littér. du sentiment relig. en France, 1921, p. 647). À cœur ouvert. S'ouvrant à fond... parlait à cœur ouvert et librement (E. et J. DE GONCOURT, Journal, 1862, p. 1181). Un ami avec lequel je suis intime à peine une fois par an, dans une de ces causeries à cœur ouvert où l'on se dit tout (RENARD, Journal, 1900, p. 612). P. anal. et plaisant. Quand j'ai dîné... besoin de causer à cœur déboutonné (E. AUGIER, Philiberte, 1853, II, p. 154). Au/du fond du cœur. Au/du plus profond du cœur, au plus secret/dans le secret du cœur. Selon son cœur. En accord avec sa nature profonde. Tort de demander aux choses d'être selon son cœur, rencontre d'autant plus rare que le cœur est plus curieusement raffiné (P. BOURGET, Essais de psychol. contemp., 1883, p. 9). Avoir le cœur sur les lèvres. S'exprimer spontanément. Les gens francs et sincères qui ont le cœur sur les lèvres (MÉRIMÉE, Théâtre de Clara Gazul, 1825, p. 52). Parler d'abondance de cœur (p. réf. à l'Évangile de St Mathieu, XII, 33 : c'est du trop-plein du cœur que la bouche parle). ... tant besoin de m'attendrir sur moi et sur les autres qu'il m'était tout à fait aisé de parler de choses tristes et touchantes... d'abondance de cœur (GOBINEAU, Nouvelles asiatiques, La Guerre des Turcomans, 1876, p. 211). Il y a loin du cœur aux lèvres (SUE, Les Mystères de Paris, t. 1, 1842-43, p. 223).
Rem. Dans tous ces syntagmes et loc. prédomine l'image d'ouverture ou de fermeture, d'expansion ou d'introversion.
Spéc. en matière de création artistique. La personnalité morale la plus intime comme objet d'étude ou instrument d'expression caractérisé par son naturel et sa simplicité, opposé à la recherche de la composition et du style, et plus généralement à l'artifice. Les inspirations du cœur. L'art ne fait que des vers; le cœur seul est poète (CHÉNIER, Élégies, 1794, p. 175). Ah! frappe-toi le cœur, c'est là qu'est le génie (MUSSET, Premières poésies, À mon ami Édouard B. ds Œuvres complètes, Paris, éd. du Seuil, 1832, p. 90). Mon cœur mis à nu (Œuvre en prose de Baudelaire, 1867) :
34. ... il n'y a (...) rien de plus faible que de mettre en art ses sentiments personnels. Suis cet axiome pas à pas, ligne par ligne. Qu'il soit toujours inébranlable en ta conviction, en disséquant chaque fibre humaine et en cherchant chaque synonyme de mot, et tu verras! tu verras comme ton horizon s'agrandira, comme ton instrument ronflera et quelle sérénité t'emplira! Refoulé à l'horizon, ton cœur t'éclairera du fond au lieu de t'éblouir sur le premier plan. Toi disséminée en tous, tes personnages vivront et au lieu d'une éternelle personnalité déclamatoire, (...) on verra dans tes œuvres des foules humaines.
FLAUBERT, Correspondance, 1852, pp. 378-379.
35. ... il n'y a rien chez Chausson d'antérieur au cœur, mais c'est que le cœur, tantôt fleur et tantôt fruit, fleurit et fructifie naturellement : ceci se devrait rattacher à la différence (...) entre les deux mots : effusion et épanchement : effusion appartenant à Franck, étant comme une aspiration lumineuse, une montée de rayons vers l'au-delà; épanchement étant ce surplus, ce luxe qui choit du cœur à la façon d'une larme comblée. Ce que Duhamel appelle le règne du cœur...
DU BOS, Journal, 1924, p. 226.
Rem. Chez les aut. les plus romantiques, cœur dans cet emploi tend à restreindre son accept. au sens de sentiment, sentimentalité (cf. II D) :
36. Les poëtes cherchent le génie bien loin, tandis qu'il est dans le cœur, et que quelques notes bien simples, touchées pieusement et par hasard sur cet instrument monté par Dieu même, suffisent pour faire pleurer tout un siècle, et pour devenir aussi populaires que l'amour et aussi sympathiques que le sentiment. Le sublime lasse, le beau trompe, le pathétique seul est infaillible dans l'art. Celui qui sait attendrir sait tout. Il y a plus de génie dans une larme que dans tous les musées et dans toutes les bibliothèques de l'univers.
LAMARTINE, Les Confidences, Graziella, 1849, p. 201.
2. En partic. (avec une nuance de jugement moral)
a) Conscience morale (naturelle ou religieuse), ensemble des vertus et/ou des vices qui caractérisent tel individu. Regarder dans un noble cœur comme dans une onde pure, et voir jusqu'au fond... un enchantement (AMIEL, Journal intime, 1866, p. 458). Mon cœur... comme du linge raide et lessivé, empilé droit sur des rayons d'armoire, rigidement classé dans les chambres de Dieu (MALÈGUE, Augustin, t. 1, 1933, p. 332) :
37. À mesure que Sixte avançait dans le manuscrit, il lui semblait qu'un peu de sa personne intime se souillait, se corrompait, se gangrenait, tant il y retrouvait des choses de lui-même, mais un « lui-même » cousu, par quel mystère? aux sentiments qu'il détestait le plus au monde. Car dans ce philosophe illustre les saintes virginités de la conscience demeuraient intactes, et, derrière le hardi nihiliste d'esprit, un noble cœur d'homme naïf se dissimulait toujours.
P. BOURGET, Le Disciple, 1889, p. 213.
38. ... il y a une hiérarchie entre les âmes. Et d'abord il y a des pensées viles — pour les cœurs mauvais. Et puis il y a des pensées belles, mais faciles, il y a de pauvres, de misérables satisfactions spirituelles pour ces cœurs qui ignorent profondément le mal, mais ne se nourrissent que de vertus ordinaires. Mais quels sont ceux-ci qui s'avancent, portant leurs cœurs au-devant d'eux, comme des flambeaux? Ce sont les héroïques, les affamés de la vertu, les assoiffés de la justice.
PSICHARI, Le Voyage du centurion, 1914, pp. 187-188.
SYNT. Cœur + adj. Cœur candide, contrit, flétri, innocent, naïf, noir, pur, simple, soulagé, tranquille. Subst. + de/du cœur. Droiture, humilité, paix, pureté, simplicité, sincérité de/du cœur.
[P. allus. littér.]
♦ [Au Livre de Jérémie, XVII, 10] Moi, Yahvé, je scrute le cœur, je sonde les reins, pour donner à chacun selon sa conduite. Sonder les reins et les cœurs. Ne... pas croire qu'un Dieu pourrait sonder les cœurs et les reins et délimiter ce qui nous vient de la nature et ce qui nous vient de la liberté (MERLEAU-PONTY, Phénoménologie de la perception, 1945, p. 197).
♦ [À l'Évangile de St Mathieu, V, 8] Heureux ceux qui ont le cœur pur, parce qu'ils verront Dieu. Ce que savent désigner des cœurs purs, des âmes livrées, parce qu'elles sont incultes, à la contemplation et à son lent enrichissement (COLETTE, Paysages et portraits, 1954, p. 216).
♦ [À RACINE, Phèdre, 1677, IV, 2] Le jour n'est pas plus pur que le fond de mon cœur. Le soleil d'un jour de juillet... pas plus pur dans un ciel sans tache, que son noble cœur dans son sein chéri (MUSSET, La Quenouille de Barberine, 1840, I, 3, p. 294).
[P. allus. hist. (à Émile Ollivier, à propos de la déclaration de guerre à l'Allemagne en 1870)] D'un cœur léger. La conscience tranquille. ... ne croirai jamais qu'un révolutionnaire puisse d'un cœur léger ouvrir aux autres, les portes de la mort (GUÉHENNO, Journal d'une « Révolution », 1938, p. 202).
P. méton.
♦ [Avec une valeur symbolique] Partie médiane de la poitrine, en relation avec un geste de la main exprimant la sincérité. ... posa la main sur son cœur pour donner sa parole sacrée (ZOLA, L'Assommoir, 1877, p. 786). La main sur le cœur. La main sur la conscience, en toute franchise (cf. FRAPIÉ, La Maternelle, 1904, p. 263).
♦ Personne considérée sous le rapport de sa conscience morale, de ses vertus et/ou de ses vices. Un cœur simple (conte de Flaubert, 1877). Incomplète foi... de ceux que l'épreuve terrasse. Les cœurs simples et purs... heureux sous ma loi (DIERX, Poèmes et poésies, 1864, p. 111).
b) (Qualité morale du) caractère. Un cœur à l'antique (RENARD, Journal, 1892, p. 132) :
39. ... tout devrait élever l'âme de l'homme qui, dès le jeune âge, possède de tels privilèges, lui imprimer ce haut respect de lui-même dont la moindre conséquence est une noblesse de cœur en harmonie avec la noblesse du nom. Cela est vrai pour quelques familles. Ça et là, dans le faubourg Saint-Germain, se rencontrent de beaux caractères, ...
BALZAC, La Duchesse de Langeais, 1834, p. 220.
SYNT. Cœur + adj. Cœur bien né, fier, haut placé, honnête, loyal, noble. Subst. + de cœur. Homme de cœur. Homme d'honneur. [L'homme de cœur et de conscience (SAINTE-BEUVE, Port-Royal, t. 5, 1859, p. 166)]. Verbe + du cœur. Avoir du cœur [... ont du cœur, de la fidélité (STENDHAL, Le Rouge et le noir, 1830, p. 371)].
Rem. hist. Le cœur était autrefois considéré comme l'organe noble par excellence. La tradition de garder en relique le cœur de certains hauts personnages s'est longtemps conservée. Le corps de Chopin... enterré, son cœur excepté, qu'on envoya à Varsovie, où il est resté depuis dans l'église à la Sainte-Croix. Beau symbole qui convient à ce cœur fidèle (G. DE POURTALÈS, Chopin, ou le Poète, 1927, p. 245; cf. aussi SAINTE-BEUVE, Port-Royal, t. 5, 1859, pp. 97-98).
P. méton. Personne considérée sous le rapport de (la qualité de) son caractère. Les cœurs de ce pays-là (...) les Italiens (...) bonnes gens (STENDHAL, La Chartreuse de Parme, 1839, p. 2). Un homme loyal et bon, un noble cœur (PONSON DU TERRAIL, Rocambole, t. 1, L'Héritage mystérieux, 1859, p. 301).
C.— [Le cœur comme foyer ou réceptacle du dynamisme moral, de certaines tendances volitives] « L'humanité est autant caractérisée par l'énergie que par la tendresse, comme l'atteste familièrement l'heureuse ambiguïté du mot cœur » (A. COMTE, Système de pol. positive, 1824, I, 266 ds FOULQ.-ST-JEAN 1962).
1. Vieilli. Courage, vaillance, force d'âme :
40. ... si tu pleures toujours, je te croirai sans courage et sans caractère : je n'aime pas les lâches; une impératrice doit avoir du cœur.
NAPOLÉON Ier, Lettres à Joséphine, 1807, p. 128.
P. anal. [En parlant d'animaux, notamment de chevaux] Les chevaux (...) d'un sang ardent, d'un cœur égal. Bien faits pour chevaucher de compagnie, fringants, rapides et sans peur (PESQUIDOUX, Le Livre de raison, 1925, p. 226). Le cœur (...) l'émulation ardente, le désir incoercible de primer, je ne sais quelle étincelle qui couve en certains animaux (PESQUIDOUX, Le Livre de raison, 1928, p. 205).
SYNT. Cœur + adj. Cœur défaillant, intrépide, lâche, solide, vaillant. Cœur + subst. (Avoir un) cœur de fer, de lièvre [... aisé d'avoir du courage avec des gens à cœurs de lièvre (MÉRIMÉE, La Jacquerie, 1828, p. 69)], de lion [Bravoure de la jeune fille (...) dans l'étroite cage de sa maigre poitrine un vrai cœur de lion ou de héros antique (T. GAUTIER, Le Capitaine Fracasse, 1863, p. 322)], de poule, de poulet [Un vrai canari, d'habit et de caractère... tu as un cœur de poulet (MÉRIMÉE, Carmen, 1847, p. 44)]. Cœur + verbe. Défaillir. Verbe + cœur. Perdre cœur [Ne jamais lâcher (...) la seule honte (...) perdre cœur (POURRAT, Gaspard des montagnes, À la belle bergère, 1925, p. 289)]. Verbe + le cœur. Faire défaillir, ranimer, remettre, remonter le cœur.
Loc. Le cœur me manque (BLOY, Journal, 1901, p. 46). [Gén. avec une nuance péj.] Avoir le cœur de. [Il] a eu le cœur de se mettre à plat ventre devant ceux qui pouvaient le servir, et la finesse d'être insolent avec ceux dont il n'avait plus besoin (BALZAC, La Maison Nucingen, 1838, p. 593). Fam. Avoir/donner/mettre/remettre le/du cœur au ventre. Cherchait à lui mettre le cœur au ventre et lui disait chemin faisant :« Allegramente! » (CHATEAUBRIAND, Mémoires d'Outre-Tombe, t. 4, 1848, p. 180). Si tu as des c au c. (...) si tu as du cœur au ventre (BARRÈS, Mes cahiers, t. 5, 1906-07, p. 30). Arg. Être en cœur. Nous sommes en cœur et eux en peur (G. D'ESPARBÈS, Le Roi, 1901, p. 166).
Devises. À cœur vaillant, rien d'impossible. Devise de Jacques Cœur. Maison de Jacques Cœur (...) À vaillans cœurs rien impossible (MICHELET, Journal, 1835, p. 214). Haut les cœurs! Les élèves de l'école des garçons, qui viennent braire un chœur imbécile :« Sursum corda! Sursum corda! Haut les cœurs! Que cette devise soit notre cri de ralliement » (COLETTE, Claudine à l'école, 1900, p. 303).
P. allus. littér. [À P. CORNEILLE, Le Cid, 1636, I, 5] Rodrigue, as-tu du cœur? Ah! France! As-tu du cœur? (...) As-tu des dents pour mordre? (QUINET, Napoléon, 1836, p. 282).
Rem. De nos jours, cette allus. se fait surtout dans une intention plais., ironique.
P. méton. Personne considérée sous le rapport de sa vaillance. Richard Ier, Cœur-de-Lion (roi d'Angleterre, 1157-99) :
41. ... une poitrine large... annonce, avec un grand poumon, un cœur plus énergique, et par conséquent... une circulation plus rapide et plus forte; de là cette expression commune en parlant des héros : un grand cœur.
STENDHAL, Hist. de la peinture en Italie, t. 2, 1817, p. 40.
Rem. gén. (sur II C 1). Dans cette accept., cœur a donné lieu au dér. cœuru, e, adj. [En parlant d'une pers.] Vx., dial. Qui a du cœur, de la vaillance. Les lois (...) des mots appliqués par de malheureux scribes de quat'sous, qui ne tiennent pas devant des gens cœurus et décidés (J. DE LA VARENDE, La Dernière fête, 1953, p. 35); cf. aussi GUÉRIN 1892 pour ce même sens, mais J. de La Varende emploie cœuru en d'autres accept., notamment à propos de bois. S'il y reste de l'aubier, cette matière épidermique et molle qui finit par pourrir, la partie cœurue se conserve assez forte pour garder sa puissance (La Normandie en fleurs, 1950, p. 149).
2. Disposition (ou manque de disposition) à souhaiter, faire telle chose. Désir, vœu du cœur :
42. Nous ne faisons pour ainsi dire jamais tout ce que nous voulons comme nous le voulons; des résistances imprévues, des frottements, des heurts usent, entament et dévient la volonté. On se connaît bien en général, mais à chaque instant on s'ignore; et c'est ce moment qui décide des actes. Nos désirs souvent nous cachent nos vrais désirs. Il y a deux cœurs dans le cœur humain; et l'un ne sait pas les pensées de l'autre. Mais par le seul fait qu'une décision est prise et qu'un effort est tenté, la situation intérieure a changé; l'hôte voilé en nous se découvre; ...
M. BLONDEL, L'Action, 1893, p. 170.
Locutions
Le cœur y est/n'y est pas :
43. ... le presque-rien est absolument tout; les bonnes œuvres, sans lui, ne sont qu'une mimique de singe et une façade dépourvue d'intériorité, et nous disons, faute de mieux, que « le cœur n'y est pas ». Si le cœur y est, rien n'y est... et tout y est! Le cœur qui n'est rien, qui est tout, qui est à la lettre, le tout-et-rien du bienfait. (...) la distance est infiniment infinie, à bienfait équivalent, entre une bienfaisance sans bienveillance, où « le cœur » n'est pas, et une bienfaisance bien intentionnée dont toute l'âme et toute la réalité résident dans un insaisissable bon vouloir.
JANKÉLÉVITCH, Le Je-ne-sais-quoi et le presque-rien, 1957, pp. 66-67.
Si le cœur vous en dit. Si vous êtes disposé à telle chose. Pour peu que le cœur en dise au ministère, je suis aussi disposé à le quitter, qu'il est disposé à la malveillance pour moi (CHATEAUBRIAND, Correspondance gén., t. 2, 1789-1824, p. 173). Avoir/n'avoir pas le cœur à qqc./à l'ouvrage. Être/n'être pas disposé à telle chose. Tu as le cœur à rire, moi je l'ai à pleurer (HÉMON, Maria Chapdelaine, 1916, p. 131). Pourquoi n'aurais-je plus de cœur à l'ouvrage (BERNANOS, L'Imposture, 1927, p. 449). Accepter/consentiraire qqc./rire/souhaiter... de bon cœur/ de mauvais cœur. Accepter, etc. de bon/mauvais gré. Puisque vous êtes de bon cœur et de bonne volonté (G. SAND, Monsieur Sylvestre, 1866, p. 97). Faire contre mauvaise fortune bon cœur (S. DE BEAUVOIR, Les Mandarins, 1954, p. 438).
♦ [Avec une valeur intensive] Avoir/prendre (qqc.) à cœur. Y prendre beaucoup d'intérêt. Trouver une personne très respectable, très dévouée, qui prît la chose plus à cœur (ZOLA, La Conquête de Plassans, 1874, p. 983). Avoir à cœur de. Être bien décidé à. J'ai à cœur de faire un ouvrage aussi parfait (BALZAC, Correspondance, 1834, p. 526). Tenir au cœur (de qqn). S'y attacher par une forte adhésion intime. Tout ce qui me tient à cœur et m'importe (GIDE, Journal, 1943, p. 182). Faire qqc. avec cœur/de tout son cœur Mettre du cœur à l'ouvrage/à qqc. Y mettre beaucoup d'ardeur. Il y mettait tout son cœur (E. et J. DE GONCOURT, Journal, 1894, p. 681).
Rem. Pour l'expr. à contre-cœur, v. contre-cœur.
D.— [Le cœur comme foyer ou réceptacle de la vie affective]
1. Centre de résonance de la sensibilité aux phénomènes extérieurs, de la disposition à y répondre par des émotions diverses (joie, peine, colère, etc.) :
44. Tous ces hommes de fer, tous ces preux invincibles portaient dans leur poitrine un cœur tendre et naïf comme celui des enfans. On ne leur avait point encore appris à flétrir l'innocence naturelle de leurs sentimens, ou à en rougir. Ils n'avaient point encore desséché et glacé dans leurs âmes la source des émotions simples, pures et fortes, de cette rosée divine qui féconde et embellit la vie.
MONTALEMBERT, Hist. de Ste Élisabeth de Hongrie, 1836, p. 72.
45. ... le cœur humain est le jouet de tout, et l'on ne saurait prévoir quelle circonstance frivole cause ses joies et ses douleurs.
CHATEAUBRIAND, Mémoires d'Outre-Tombe, t. 1, 1848, p. 102.
46. Il pleure dans mon cœur
Comme il pleut sur la ville;
Quelle est cette langueur Qui pénètre mon cœur?
Ô bruit doux de la pluie
Par terre et sur les toits!
Pour un cœur qui s'ennuie
Ô le chant de la pluie! (...).
C'est bien la pire peine
De ne savoir pourquoi
Sans amour et sans haine
Mon cœur a tant de peine!
VERLAINE, Romances sans paroles, 1874, p. 14.
47. Le goût de l'héroïque et du passionnel
Qui flotte autour des corps, des sons, des foules vives,
Touche avec la brûlure et la saveur du sel
Mon cœur tumultueux et mon âme excessive...
La nature, le bois, les houles de la rue
M'emplissent de leurs cris et de leurs mouvements;
Je suis comme une voile où la brise se rue.
Ah! vivre ainsi les jours qui mènent au tombeau,
Avoir le cœur gonflé comme le fruit qu'on presse
Et qui laisse couler son arome et son eau;
Loger l'espoir fécond et la claire allégresse!
A. DE NOAILLES, Le Cœur innombrable, 1901, pp. 19-20.
Rem. Dans certains ex., cœur prend une valeur péj. et se rapproche plutôt du sens de sensiblerie :
48. Il voyait l'art allemand tout nu. Tous, — les grands et les sots, — étalaient leurs âmes avec une complaisance attendrie. L'émotion débordait, la noblesse morale ruisselait, le cœur se fondait en effusions éperdues; les écluses étaient lâchées à la redoutable sensibilité germanique; elle diluait l'énergie des plus forts, elle noyait les faibles sous ses nappes grisâtres : c'était une inondation; la pensée allemande dormait au fond.
R. ROLLAND, Jean-Christophe, La Révolte, 1907, p. 388.
SYNT. Cœur + adj. Cœur affligé, agité, amer, aride, attendri, avide, battant, blessé, bondissant, bouleversé, brisé, broyé, chaviré, content, crevé, crispé, déchiré, désolé, dévoré, ému, froid, gai, glacé, gonflé, gros [Comme le cœur dont on dit qu'il est trop gros lorsque l'excès du chagrin semble engager celui qui souffre à le fuir (J. BOUSQUET, Traduit du silence, 1935-36, p. 76)], inondé, joyeux, lassé, léger, lourd [Le cœur n'est jamais si lourd que quand il est vide (LAMARTINE, Les Confidences, 1849, p. 376)], malheureux, meurtri, navré, noyé, oppressé, palpitant, rempli, saignant, serré [Si triste que fût notre cœur serré et ficelé de soucis (BARRÈS, Mes cahiers, t. 2, 1898-1902, p. 8)], souffrant, touché, tremblant, triste, troublé [Le cœur troublé de sensations extraordinaires, l'âme émue (MAUPASSANT, Contes et nouvelles, t. 2, Menuet, 1882, p. 1251)], ulcéré. Adj. + cœur. Misérable, pauvre cœur. Subst. + de + cœur. Déchirement, pincement, serrement de cœur. Subst. + du cœur. Amertume, fibres, plaies, plaisir, tumulte du cœur. L'eau/ la pluie du cœur. Les larmes (cf. LAMARTINE, Les Confidences, Graziella, 1849, p. 253; MONTHERLANT, Le Maître de Santiago, 1947, II, 3, p. 642). Cœur + verbe. Bondir, se briser, se déchirer, se dilater, éclater, s'élancer, s'émouvoir, s'épanouir, être en proie à, se fendre, se fondre, se glacer, se gonfler, palpiter, saigner, sauter, sentir, se serrer, tressaillir. Verbe + le/son cœur. Agiter, apaiser, arracher, attendrir, avoir/serrer/tenir (...) dans un étau, blesser, briser, broyer, crever, déchirer, dessécher, dévorer, dilater, échauffer, écraser, émouvoir, emplir, envahir, épanouir, étouffer, étreindre, faire battre/bondir/palpiter/saigner/souffrir/tressaillir, fendre, glacer, gonfler, habiter, inonder, mordre, navrer, noyer, occuper, percer, pincer, réchauffer [Réchauffa le cœur de la foule et la mit en meilleure disposition pour écouter le discours (AYMÉ, Le Nain, 1934, p. 241)], réjouir, remplir, remuer, ronger, sentir battre, serrer, tordre, torturer, toucher, transpercer, traverser le/son cœur. Verbe + au cœur. Aller [Choses désuètes, froides, un peu scolaires, incapables d'aller au cœur, et surtout aux nerfs du public (H. GHÉON, Promenades avec Mozart, 1932, p. 328)], faire chaudroid/mal, inspirer, parler au cœur. Verbe + dans le/son cœur. Couler, enfoncer/ plonger un poignard, s'enfoncer, entrer, éveiller, mettre, naître, nourrir, se passer, pénétrer, retentir dans le/son cœur. Verbe + sur le cœur. Avoir qqc./un poids, en avoir gros/lourd [Tapait les pieds d'un air rageur... devait en avoir gros sur le cœur (ZOLA, Son Excellence E. Rougon, 1876, p. 247)], garder qqc., peser (lourd), rester [Qu'elle est juste l'expression populaire « des paroles qui restent sur le cœur »! Celles-là faisaient un bloc dans ma poitrine (BERNANOS, Journal d'un curé de campagne, 1936, p. 1085)] sur le cœur.
Loc. a) Princ. subst. Le cœur en fête (L. DE VILMORIN, Le Retour d'Érica, 1946, p. 107). (Avec) l'angoisse/ un coup (de couteau)/le désespoir/l'espérance/la joie/la rage au/dans le cœur [La mort au cœur (PONSON DU TERRAIL, Rocambole, t. 4, Les Exploits de Rocambole, 1859, p. 87)]. De gaieté de cœur [De gaieté de cœur et par plaisir (BARRÈS, Les Déracinés, 1897, p. 483)]. b) Princ. verbales. Le cœur me fend (E. ROSTAND, Cyrano de Bergerac, 1898, I, 4, p. 49). À cœur fendre. S'en donner (etc.) à cœur joie [S'en donnait à cœur joie... y mettait toute la sauce (CÉLINE, Mort à crédit, 1936, p. 518)].
Rem. Dans les nombreux syntagmes ou loc. auxquels cœur se prête en cette accept., on remarquera l'abondance des images évoquant des réalités très concr. (poids, volume, agitation, blessure, chaud ou froid, etc.) et rappelant les liens étroits du phys. et du moral.
Proverbe. Cœur qui soupire n'a pas ce qu'il désire.
P. allus. littér. [aux Psaumes, 104. 15] Le vin qui réjouit le cœur de l'homme (VILLIERS DE L'ISLE-ADAM, Contes cruels, Les Demoiselles de Bienfilâtre, 1883, p. 7);cf. aussi HUYSMANS, L'Oblat, t. 2, 1903, p. 108.
2. Centre général de résonance ou de rayonnement des sentiments. Affections, besoins, sentiments du cœur. Localis[er] (...) l'intelligence dans la tête (...) le sentiment dans le cœur (LEROUX, De l'Humanité, t. 2, 1840, p. 392) :
49. Le cœur n'est qu'un morceau de chair bleuâtre qui ressent vivement les mouvements de reflux imprimés au sang par les idées dans le cerveau, mais je le crois impuissant à créer des sentiments, comme c'est assez sa réputation.
VIGNY, Le Journal d'un poète, 1843, p. 1198.
Absol. (p. ell.). Le cœur. L'affectivité, le sentiment, la sentimentalité. Anachronisme qui empêche si souvent le calendrier des faits de coïncider avec celui des sentiments (...) intermittences du cœur (PROUST, Sodome et Gomorrhe, 1922, p. 756). Barrès qui fait appel au cœur, aux ressources du sentiment (MASSIS, Jugements, 1923, p. 208) :
50. Ce qu'on appelle le cœur est donc la solidarité affective, cette puissance qui fond plusieurs existences en une seule, une extension de notre sensibilité, telle qu'elle souffre ou jouit par une surface infiniment plus grande que celle de notre simple individu; plus brièvement, c'est l'identification morale de plusieurs existences par la sympathie instinctive, par conséquent une augmentation d'être pour chacune d'elles, mais un accroissement corrélatif de dépendance. Le cœur nous dilate, nous étend, nous épanche au dehors, précisément au rebours de l'égoïsme qui nous rétrécit et nous contracte.
AMIEL, Journal intime, 1866, p. 44.
[P. allus. littér. (à LA ROCHEFOUCAULD, Réflexions ou sentences et maximes morales, 1664, verset 102)] L'esprit est toujours la dupe du cœur (cf. SÉNAC DE MEILHAN, L'Émigré, 1797, p. 1671; GIDE, La Symphonie pastorale, 1919, p. 916 qui utilisent cette formule avec la var. souvent).
3. Siège des sentiments liés à des situations particulières.
a) [Dans les rapports familiers, amicaux] La servante au grand cœur (BAUDELAIRE, Les Fleurs du Mal, 1857-61, p. 174) :
51. On me demande des conformités qui ne sont pas en mon pouvoir, des expansions que j'accorderai par égard et jamais par nature, et des expressions d'une tendresse résidant dans ma raison et sans doute aussi dans mon cœur, mais non pas sensiblement et à précipiter les pulsations. Serais-je entendu si je m'exposais en cette manière? Ceux qui aiment avec le cœur peuvent-ils se rendre à la vérité d'une affection rationnelle?
M. DE GUÉRIN, Correspondance, 1835, p. 222.
52. Mes parents, ma sœur, je les aimais : ce mot couvrait tout. Les nuances de mes sentiments, leurs fluctuations, n'avaient pas droit à l'existence. Zaza était ma meilleure amie : il n'y avait rien de plus à dire. Dans un cœur bien ordonné, l'amitié occupe un rang honorable, mais elle n'a ni l'éclat du mystérieux amour, ni la dignité sacrée des tendresses filiales. Je ne mettais pas en question cette hiérarchie.
S. DE BEAUVOIR, Mémoires d'une jeune fille rangée, 1958, p. 94.
P. anal. (à propos d'un animal, d'un végétal ou d'une chose). Mon pauvre Childebrand à l'amitié si franche, Le meilleur cœur de chat et l'âme la plus blanche (T. GAUTIER, Albertus, 1833, p. 130). Beau livre que l'on pourrait écrire sur « le cœur des plantes », où l'on montrerait l'exemple touchant de celles chez qui cet organe hypertrophié empêcha sans doute de se développer le cerveau, qui (...) préfèrèrent aux joies de l'invention celle très pure de conserver leurs enfants tout près d'elles (GIDE, Feuillets, 1889-1939, p. 808).
♦ [Avec une valeur allégorique] :
53. Le sang coule à longs flots de sa poitrine ouverte;
En vain il [le pélican] a des mers fouillé la profondeur :
L'océan était vide, et la plage déserte;
Pour toute nourriture il apporte son cœur.
Sombre et silencieux, étendu sur la pierre,
Partageant à ses fils ses entrailles de père,
Dans son amour sublime il berce sa douleur,
(...)
Poète, c'est ainsi que font les grands poètes.
Ils laissent s'égayer ceux qui vivent un temps;
Mais les festins humains qu'ils servent à leurs fêtes
Ressemblent la plupart à ceux des pélicans.
MUSSET, La Nuit de mai, 1835, p. 67.
SYNT. Cœur maternel, paternel; cœur de mère; ami de cœur. (Ne pas) porter qqn dans son cœur. Éprouver ou non de l'amitié pour lui (cf. GENEVOIX, Raboliot, 1925, p. 213).
P. méton.
[Avec une valeur symbolique] Partie médiane de la poitrine, en relation avec un mouvement exprimant l'affection. Étendit les bras, (...) sentit battre contre son cœur un cœur qui l'aimait (R. BAZIN, Le Blé qui lève, 1907, p. 327).
SYNT. Cœur contre/sur cœur; appuyer/presser/serrer qqn contre/ sur son cœur.
Personne qui inspire ou éprouve de l'affection. Quel homme tendre c'était que cet archevêque, quel cœur sensible et fertile en ménagements! (SAINTE-BEUVE, Port-Royal, t. 5, 1859, p. 28). Elle qui avait connu dans ses langes ce pauvre agneau, ce petit cœur joli (POURRAT, Gaspard des montagnes, Le Pavillon des amourettes, 1930, p. 104).
b) [Dans les rapports amoureux (gén. p. oppos. à la sensualité, à la sexualité)] La pire de toutes les mésalliances est celle du cœur (CHAMFORT, Maximes et pensées, 1794, p. 65). Le labyrinthe du cœur féminin : si compliqué et si plein de routes enchevêtrées (THEURIET, La Maison des deux barbeaux, 1879, p. 128) :
54. Je l'aime beaucoup mieux quand je ne la vois pas que quand je la vois. En absence, mon imagination retranche ce qui la choque, ajoute quelque chose de ce qui manque, suppose ce qui lui convient. Je l'ai pensé souvent : le sentiment de l'amour n'a rien de commun avec l'objet qu'on aime. C'est un besoin du cœur qui revient périodiquement à des époques plus éloignées que les besoins des sens, mais de la même manière; et comme l'attrait des sexes fait qu'on cherche une femme dont on puisse jouir, n'importe laquelle, le besoin du cœur cherche à se placer sur un objet qui l'attire ou par de la douceur, ou par de la beauté, ou par telle autre qualité qui devient le prétexte que le cœur allègue à l'imagination pour justifier son choix.
CONSTANT, Journaux intimes, 1803, p. 33.
55. J'éprouve pour toi un mélange d'amitié, d'attrait, d'estime, d'attendrissement de cœur et d'entraînement de sens qui fait un tout complexe, dont je ne sais pas le nom mais qui me paraît solide. (...). Les sens, un jour, vous mènent ailleurs; le caprice s'éprend à des chatoiements nouveaux. Qu'est-ce que cela fait? Si je t'avais aimée dans le temps comme tu le voulais alors, je ne t'aimerais plus autant maintenant. Les affections qui suintent goutte à goutte de votre cœur finissent par y faire des stalactites. Cela vaut mieux que les grands torrents qui l'emportent.
FLAUBERT, Correspondance, 1852, p. 347.
56. ... je sentais grandir en moi une étrange et poignante émotion, un attendrissement infini, quelque chose comme un besoin d'ouvrir mes bras pour étreindre, et d'ouvrir mon cœur pour aimer, de me donner, de donner mes pensées, mon corps, ma vie, tout mon être à quelqu'un! Ma compagne murmura, comme dans un songe : « Où sommes-nous? Où allons-nous? Il me semble que je quitte la terre? Comme c'est doux! Oh! si vous m'aimiez... un peu!!! » Mon cœur se mit à battre. Je ne pus rien répondre; il me sembla que je l'aimais. Je n'avais plus aucun désir violent. J'étais bien ainsi, à côté d'elle, et cela me suffisait.
MAUPASSANT, Contes et nouvelles, t. 2, Lettre trouvée sur un noyé, 1884, p. 906.
57. La plénitude de cet amour le confondait. Il ne savait trop quel chemin prendre pour faire monter vers Dieu sa gratitude ni quel sens exact donner au terme : bénédiction. Tout cela palpitait entre ciel et terre. La douceur de certains mots lui était littéralement intolérable : celui de « petite Anne », celui de « fiancée ». Ils produisaient un arrêt du cœur réel, senti, d'une ou deux secondes. Dans sa poitrine, en attente et ne servant à rien, une sorte de velours intérieur trop chaud, s'étalait, contre lequel battait ce cœur. Il pensait aux vieilles images : feu, blessure, tant raillées; c'était bien cela cependant.
MALÈGUE, Augustin, t. 2, 1933, p. 111.
58. Notre amitié était une chose extrêmement bien. Mais le cœur infecte tout. Sur le plan de l'amitié, ou sur le plan de la sensualité, les choses sont saines, les plaies, s'il s'en forme, sont nettes. Arrive le cœur, et la plaie gagne, tout se prend. Combien de fois ai-je remarqué cela! — Ce que vous dites est absurde. Le cœur n'infecte rien; au contraire, il purifie tout. C'est trop idiot, à la fin! Et ce serait le « plan de la sensualité » qui serait pur! Je vous apporterais une grande passion physique, vous me la pardonneriez... être provocante, vous faire comprendre que je cherche seulement le plaisir, vous me mépriseriez peut-être, mais vous accepteriez. Mais vous offrir de l'amour, quelle gêne! quel ennui! Si on nous fichait un peu la paix avec l'amour!
MONTHERLANT, Les Jeunes filles, 1936, p. 969.
SYNT. Cœur + adj. Cœur aimant, ardent, brûlant, changeant, embrasé, enflammé, épris, éteint, fidèle, inaccessible, inoccupé, jeune (HUGO, Hernani, 1830, III, 1, p. 57), libre, occupé, passionné, percé, solitaire, tendre, trahi, transpercé, vide, vieux, volage. Cœur de + subst. Cœur de femme. Subst. + au cœur. L'amour au cœur. Subst. + de cœur. Affaire, amant, amour [mieux qu'un amour de tête, et pas tout-à-fait un amour de cœur (SAINTE-BEUVE, Causeries du lundi, t. 2, 1851-62, p. 337)], coup (E. et J. DE GONCOURT, Journal, 1859, p. 647), jeunesse, peine (s) [Les peines de cœur et les infortunes idéales (VIGNY, Chatterton, 1835, p. 238)], solitude, tendresse de cœur. Arg. Valet de cœur (cf. I A 1b p. anal. de forme et de couleur, spéc., jeux). Subst. + du cœur. Blessure, courrier, entraînements, faiblesses, presse [Jusqu'au moment du moins où elle devint ma maîtresse et où je compris que la presse du cœur, qui enseignait à parler de l'amour, n'apprenait pas à le faire (CAMUS, La Chute, 1956, p. 1524)], trouble, vide du cœur. Subst. + des cœurs. Bourreau des cœurs [Beau mâle, bourreau des cœurs (ZOLA, Travail, t. 1, 1901, p. 39)]. P. anal. Un beau casse-cœurs (COLETTE, La Jumelle noire, 1938, p. 80). Cœur + verbe. Aimer, s'amollir. Verbe + le/son cœur. Amollir, brûler, se disputer, donner, enflammer, gagner, offrir, partager, posséder, prendre, ravir, refuser, toucher, troubler le/son cœur. Verbe + avec/dans/de son cœur. Aimer avec/dans/de (tout) son cœur (MONTHERLANT, Pitié pour les femmes, 1936, p. 1134). Verbe + du cœur. S'emparer du cœur, trouver le chemin du cœur.
Rem. Dans cette accept., les images évoquées par les assoc. syntagmatiques de cœur sont surtout celles de la conquête, de la combustion, de la blessure (cf. ex. 57).
Proverbe. Loin des yeux, loin du cœur (except. Loin des yeux, près du cœur ds FLAUBERT, Correspondance, 1879, p. 240).
♦ [En réf. à la représentation iconographique stylisée du cœur symbolisant l'amour sentimental] Un cœur en or. ... peint un cœur enflammé pour dire l'amour, un cœur flétri pour dire le chagrin (DESTUTT DE TRACY Éléments d'idéologie, Grammaire, 1803, p. 308). Un nom de femme, Iris de carrefour, que surmontait un cœur percé d'une flèche semblable à une arête de poisson (T. GAUTIER, Le Capitaine Fracasse, 1863, p. 304).
P. méton.
[Avec une valeur symbolique] Partie médiane de la poitrine en relation avec un geste exprimant l'amour sentimental. Appuyant sa main sur son cœur avec le geste passionné d'un jeune premier; je l'aime! (PONSON DU TERRAIL, Rocambole, t. 1, L'Héritage mystérieux, 1859, p. 384). Presser Anne sur mon cœur, sur ma poitrine (GIRAUDOUX, Simon le Pathétique, 1926, p. 169).
Personne qui inspire ou éprouve de l'amour sentimental. Ses triomphes féminins et cette longue brochette de cœurs ardents (MIOMANDRE, Écrits sur de l'eau, 1908, p. 56). Le tout de cette vie (...) trouver une compagnie, un beau cœur aimant près de qui demeurer toujours (POURRAT, Gaspard des montagnes, À la belle bergère, 1925, p. 50).
SYNT. Cœur + de + subst. Cœur d'artichaut. Verbe + un/les cœur(s). Conquérir, gagner les cœurs; n'être qu'un (seul) cœur.
Loc. Une chaumière et un/deux cœur(s) (cf. bonheur ex. 21). Gentil/joli comme un cœur. Gentil/joli comme un amour. Dire qu'il est gentil comme un cœur (...) qu'il avait de beaux yeux (MUSSET, Namouna, 1832, p. 398). Jolie comme un cœur (...) ma mignonne (A. FRANCE, Nos enfants, 1887, p. 23). P. anal. Des vers jolis, jolis comme des cœurs (RENARD, Journal, 1897, p. 397). (Sans doute par contraction de joli comme un cœur, péj.) faire le joli cœur. Jouer les galants :
59. ... ils faisaient les jolis cœurs; les épaules rondes, l'air vaurien, ils répondaient par d'égrillards sourires au sourire amusé des filles plantées debout au seuil des maisons...
COURTELINE, Le Train de 8 h 47, 1888, 2e part., X, p. 211.
Rem. Except. employé adjectivement :
60. ... dans le genre brun, tout rasé, avec yeux de velours, épaules larges, et pas soupçon de hanches, on ne peut rêver rien de plus joli cœur que Jacques Lamberdesc, ...
ARAGON, Les Beaux Quartiers, 1936, p. 35.
[P. allus. littér. (à RACINE, Phèdre, 1677, II, 5)] Charmant, jeune et traînant tous les cœurs après soi (G. DUHAMEL, Chronique des Pasquier, Suzanne et les jeunes hommes, 1941, p. 192); cf. aussi SARTRE, Les Mots, 1964, p. 155.
En interj. Terme d'affection (utilisé dans les rapports familiaux, amicaux ou amoureux). Les mots mon cœur, mon bijou, mon petit chou, ma reine, tous les diminutifs amoureux de 1770 (BALZAC, La Vieille fille, 1836, p. 261). Mon amour, mon inquiétude, mon cher cœur (MICHELET, Journal, 1857, p. 337). Mon petit cœur, mon cœur, ma petite chérie (GÉRALDY, Toi et moi, 1913, p. 32).
c) [Dans les rapports soc., humanitaires] Bonté, humanité, reconnaissance (...) tous les sentiments qui épanouissent le cœur (A. DUMAS Père, Le Comte de Monte-Cristo, t. 1, 1846, p. 377) :
61. Il faudrait guérir l'âme. Le pauvre suppose qu'en liant le riche par telle loi, tout est fini, que le monde ira bien. Le riche croit qu'en ramenant le pauvre à telle forme religieuse, morte depuis deux siècles, il raffermit la société... Beaux topiques! Ils imaginent apparemment que ces formules, politiques ou religieuses, ont une certaine force cabalistique pour lier le monde, comme si leur puissance n'était pas dans l'accord qu'elles trouvent ou ne trouvent pas dans le cœur! Le mal est dans le cœur. Que le remède soit aussi dans le cœur! Laissez là vos vieilles recettes. Il faut que le cœur s'ouvre, et les bras... Eh! ce sont vos frères, après tout. L'avez-vous oublié? ...
MICHELET, Le Peuple, 1846, p. 175.
62. Un groupe n'est pas seulement une autorité morale qui régente la vie de ses membres, c'est aussi une source de vie sui generis. De lui se dégage une chaleur qui échauffe ou ranime les cœurs, qui les ouvre à la sympathie, qui fait fondre les égoïsmes.
DURKHEIM, De la Division du travail soc., 1893, p. XXX.
63. Il est à Bar-Le-Duc un fameux monument que les auteurs anciens appelaient « le mausolée du cœur ». C'est un squelette à demi décharné, cependant droit et irréductible, la tête levée, ses orbites vides tournées vers son cœur de vermeil qu'il tend à bout de bras, vers le ciel, dans un élan d'invincible volonté. Voilà l'idée qu'il faudrait qu'un architecte sût traduire en monument pour l'ossuaire de Douaumont. (...). C'est devant cette image posée dans ce lieu même des grandes souffrances, devant cette immortelle affirmation d'espoir et de vouloir, devant cet appel des morts qui nous tendent, à nous et au juge suprême, leur cœur à vérifier, que nous comprendrons le mieux comment toute haute vie, toute pensée, tout art, toute nation surgissent d'une profondeur de sacrifice.
BARRÈS, Mes cahiers, t. 13, 1920-22, pp. 248-249.
SYNT. Cœur + adj. Cœur compatissant, délicat, dévoué, dur, endurci, généreux, ingrat, reconnaissant, sec [Le cœur sec comme un caillou (FLAUBERT, Correspondance, 1870, p. 154)], sensible. Adj. + cœur. Bon [Joue[r] la comédie « du bon cœur » (...) guigne[r] le « bon effet » de sa générosité (FRAPIÉ, La Maternelle, 1904, p. 221)], brave, excellent, grand [Dans sa poitrine un grand cœur généreux, avide de faire le bien (R. ROLLAND, Jean-Christophe, La Nouvelle journée, 1912, p. 1491)], mauvais, meilleur cœur. Cœur de + subst. Cœur d'airain [D'une voix qui eût amolli un cœur d'airain (SANDEAU, Melle de La Seiglière, 1848, p. 139)], de bronze, de glace, de granit, de marbre, d'or [Tu es un brave garçon, tu as un cœur d'or (BALZAC, Pierre Grassou, 1840, p. 442)], de pierre (KARR, Sous les tilleuls, 1832, p. 140), de roche (SUE, Atar Gull, 1831, p. 7), de tigre, de vipère. Subst. + de/du cœur. Bonté, délicatesse, dureté, générosité, qualités, sécheresse de cœur; éducation du cœur. Verbe + le/son cœur. Écouter, endurcir, sécher le/son cœur. Verbe + le/du cœur. Avoir du/n'avoir pas de cœur [Jouer cœur est simple. Il faut en avoir, voilà tout (...) Votre cœur se cache par crainte du ridicule (...) Montrez votre cœur et vous gagnerez (COCTEAU, Poésie critique 2, Monologues, 1960, p. 45)], manquer de cœur.
Loc. À votre bon cœur (formule pour solliciter la générosité de quelqu'un). (Donner/offrir/remercier...) de bon/de grand/de mauvais/de tout cœur. Verre d'eau donné de bon cœur (...) rendu au centuple (CLAUDEL, Un poète regarde la Croix, 1938, p. 267). Compatis de tout cœur aux difficultés que vous éprouvez (G. DUHAMEL, Chronique des Pasquier, Les Maîtres, 1937, p. 68). Mauvaise tête et bon cœur (SARDOU, Rabagas, 1872, IV, 5, p. 177). Avoir le cœur sur la main. Être enclin à une grande générosité. Désir sentimental d'une vie simple, le cœur sur la main, au milieu d'une bonté universelle (ZOLA, Nana, 1880, p. 1367). J'ons le quieur sur la main et la main partout (COLETTE, La Naissance du jour, 1928, p. 58). Être plein de cœur/ sans cœur. Un misérable sans cœur ni âme (BALZAC, Les Illusions perdues, 1843, p. 479).
P. méton. Personne considérée sous le rapport de sa générosité, de son altruisme. Ce cœur d'acier trempé (...) brigand par amour de l'humanité (ABOUT, Le Roi des montagnes, 1857, p. 210). Des êtres ruisselants de vertu et qui ont le cœur sur la main? Les « cœurs sur la main » n'ont pas d'histoire (MAURIAC, Thérèse Desqueyroux, 1927, p. 170). Des riens de rien, des sans-cœur qui se fichaient de moi au lieu de m'aider (BERNANOS, Monsieur Ouine, 1943, p. 1519).
d) [Dans les rapports entre l'homme et Dieu (très gén. parlant)]
[En parlant de l'homme priant, s'adressant à Dieu] Prier de tout son cœur. Notre cœur humain (...) étroit palais pour un hôte divin (M. DE GUÉRIN, Poésies, 1839, p. 69) :
64. Ceux-là seuls veillent, ô mon Dieu, qui pensent à vous et qui vous aiment (...). Mais l'homme est-il fait pour jouir ici-bas d'une telle félicité? S'il en était capable, il aurait sa perfection. L'oubli des choses de la terre, et l'intention aux choses du ciel; l'exemption de toute ardeur, de tout souci, de tout trouble et de tout effort; la plénitude de la vie, sans aucune agitation; les délices du sentiment, sans le travail de la pensée; les ravissements de l'extase, sans les apprêts de la méditation; en un mot, la spiritualité pure, au sein du monde et parmi le tumulte des sens : ce n'est que le bonheur d'une minute, d'un instant; mais cet instant de piété répand de la suavité sur nos mois et sur nos années. La religion est la poésie du cœur; elle a des enchantements utiles à nos mœurs; elle nous donne et le bonheur et la vertu.
JOUBERT, Pensées, t. 1, 1824, p. 112.
65. Le cœur, comme la raison, poursuit l'infini, et la seule différence qu'il y ait dans ces poursuites, c'est que tantôt le cœur cherche l'infini sans savoir s'il le cherche, et que tantôt il se rend compte de la fin dernière du besoin d'aimer qui le tourmente.
COUSIN, Du Vrai, du beau et du bien, 1836, p. 109.
66. L'esprit de l'homme est une image abrégée, mais fidèle et complète de l'infini. Quand un de ses foyers de vie s'éteint, il s'en rallume un autre plus brillant; c'est que ce principe appartient à Dieu seul. Lélia n'est pas foudroyée parce qu'un homme l'a maudite. Il lui reste son propre cœur et ce cœur renferme le sentiment de la divinité, l'intuition et l'amour de la perfection! Depuis quand perd-on la vue du soleil, parce qu'un des atomes que son rayon avait embrasés est rentré dans l'ombre?
G. SAND, Lélia, 1839, p. 397.
Spéc., RELIG. CATH.
♦ [En parlant de Jésus-Christ considéré comme aimant l'homme] Cœur sacré/Sacré(-)Cœur (de Jésus) :
67. Dimanche 14 juillet. Fête du Sacré-Cœur. — Vue claire de ce qui fait pour plusieurs la difficulté; c'est qu'on matérialise trop cette admirable dévotion. On attribue trop au cœur matériel, au symbole ce qui ne doit être attribué qu'au cœur spirituel, à l'amour. Sans doute le cœur de chair est adorable, comme le corps de Notre-Seigneur « propter unionem divinam ». Mais il ne s'ensuit pas que ce cœur de chair soit le cœur spirituel, l'amour même, et le principe de l'amour, la source de l'amour. Il en est le symbole, adorable, aimable, comme le cœur d'un Dieu fait homme, comme le cœur d'un père.
DUPANLOUP, Journal intime, 1872, pp. 327-328.
68. ... l'école de Paray elle-même hésite parfois entre la dévotion au cœur-amour et la dévotion au cœur-personne. C'est ainsi, remarque le P. Lebrun, que les premiers théologiens jésuites, « qui traitent de la dévotion au Sacré-Cœur, en étendent l'objet » aussi loin (que le P. Eudes) ... D'après le P. de Galiffet, l'élément spirituel qui, avec le cœur de chair de l'Homme-Dieu, constitue l'objet de la dévotion au Sacré-Cœur, ce n'est pas uniquement son amour, mais encore son âme sainte, avec les dons et les grâces qu'elle renferme, les vertus et les affections dont elle est le siège et le principe.
BREMOND, Hist. littér. du sentiment relig. en France, t. 3, 1921, p. 654.
[En réf. avec la représentation iconographique de ce cœur (enflammé, couronné d'épines, transpercé, etc.)]
Des crucifix (...) des cœurs percés de glaives, flambant par le haut et saignant par le bas (HUYSMANS, Les Sœurs Vatard, 1879, p. 27). Image du Sacré-Cœur (MALÈGUE, Augustin, t. 2, 1933, p. 279).
P. méton. Lieu de culte ou congrégation vouée au Sacré-Cœur. La basilique du Sacré-Cœur (...) œuvre de vanité plus que de foi (BLOY, Journal, 1904, p. 234). Blanche, écœurante comme un fromage, l'énorme provocation du Sacré-Cœur de Montmartre (ARAGON, Les Beaux Quartiers, 1936, p. 339). Les dames du Sacré-Cœur (GYP, Souvenirs d'une petite fille, 1928, p. 154). L'ordre des prêtres du Sacré-Cœur (BILLY, Introïbo, 1939, p. 165).
♦ [En parlant de la Vierge Marie considérée comme médiatrice aimante et souffrante] Cœur de Marie :
69. Longtemps, il avait gardé au mur de sa cellule une gravure coloriée du Sacré-Cœur de Marie. La Vierge, souriant d'une façon sereine, écartait son corsage, montrait dans sa poitrine un trou rouge, où son cœur brûlait, traversé d'une épée, couronné de roses blanches. Cette épée le désespérait (...). Il l'effaça, il ne garda que le cœur couronné et flambant, arraché à demi de cette chair exquise pour s'offrir à lui. Ce fut alors qu'il se sentit aimé. Marie lui donnait son cœur, son cœur vivant, tel qu'il battait dans son sein, avec l'égouttement rose de son sang. Il n'y avait plus là une image de passion dévote, mais une matérialité, un prodige de tendresse, ...
ZOLA, La Faute de l'Abbé Mouret, 1875, p. 1292.
Prononc. et Orth. :[]. Ds Ac. 1694-1932. Homon. chœur. Étymol. et Hist. I. Organe central de la circulation. A. Ca 1050 « siège de la vie » (Alexis, éd. Ch. Storey, 445 : Ço'st granz merveile que li mens quors tant duret); 1130-40 (WACE, Ste Marguerite, éd. E. A. Francis, 62 : Ele ama Deu et Deu l'ama, Trestot son cuer li adona). B. Ca 1100 au propre (Roland, éd. J. Bédier, 2965 : [Li emperere ad fait] tuz les quers en paile recuillir). C. Ca 1100 p. ext. « la poitrine » (ibid., 3448 : L'escut li freint, cuntre le coer li quasset). D. 1195-1200 « siège des sensations physiques » (Renart, éd. Martin, branche 11, 565 : il avoit a son cuer grant fein); ca 1200 « estomac » (ibid., branche 9, 1724 : A pou que li cuers ne me faut); XIIIe s. « région épigastrique » (J. LE MARCHAND, Mir. N.-D. de Chartres, 5 ds T.-L. : a vomir les convenoit Du mal qui au cuer leur venoit); 1508 dire tout ce qu'on a sur le cœur (ELOY D'AMERVAL, Livre de la Deablerie, 147b ds IGLF); 1633 coucher du cœur sur le carreau « vomir [jeu de mots tiré des cartes] » (Comédie des Proverbes, acte II, scène 2, Anc. Théâtre fr., t. 9, p. 42). E. Fin XIIe s. « partie centrale » (Mort Aymeri de Narbonne, 607 ds T.-L. : El cuer de France). F. 1340 « objet en forme de cœur » (v. GAY). G. 1585 « as de cœur » (N. DU FAIL, Contes d'Eutrapel, t. 2, p. 202 ds IGLF). H. 1600 « sorte de cerise » (OL. DE SERRES, Théâtre d'Agric., VI, 26 ds HUG.). II. Centre de la vie intérieure. A. Siège des émotions, de l'affectivité. Ca 1050 (Alexis, 464 : Ne puis tant faire que mes quors s'en sazit); ca 1100 (Roland, 317 : Tro avez tendre coer); 1er tiers XIIIe s. (Lancelot du Lac, éd. O. Sommer, t. 5, partie 3, p. 353 : il navoit oi noveles ... qui tant li feissent mal au cuer); 1167-70 p. méton. cœur désigne la personne chérie (G. D'ARRAS, Ille et Galeron, 4160 ds T.-L.). B. Siège du désir, de la volonté. Ca 1050 (Alexis, 166 : Quant tut sun quor en ad si afermét); ca 1162 de son cuer « de toute son ardeur, très sincèrement » (Flore et Blancheflor, 1925 ds T.-L.); début XIVe s. avoir au cuer de (faire qqc.) (Ovide moralisé, éd. C. de Boer, livre V, 460); 1579 de gayeté de cœur (H. ESTIENNE, Precellence du lang. fr., 359 ds IGLF); 1585 du meilleur de mon cœur (N. DU FAIL, Contes d'Eutrapel, t. 2, p. 275). C. Siège du sentiment moral, du courage. Ca 1100 (Roland, 1107 : mal seit del coer ki el piz se cuardet); ca 1220 son cuer reprendre « reprendre courage » (G. DE COINCY, Mir., éd. Koenig, I Mir 18, 326); 1508 à cœur vaillant, rien impossible (E. D'AMERVAL, loc. cit., 138b). D. Siège de l'intelligence. 1130-40 « discernement » (WACE, Ste Marguerite, 431 : Lors cuers, lor sens, fais oscurer); ca 1190 « savoir intuitif » (M. DE FRANCE, Lais, Guigemar, 547, éd. J. Rychner : Mis quors me dit que jeo vus pert); ca 1220 les ielz dou cuer (G. DE COINCY, Mir., éd. Koenig, II Ch 9,3792); cf. au XVIIe s. le cœur en tant que siège de la grâce, permettant la communication avec Dieu (PASCAL, Pensées, section IV, 278 et 277, éd. Brunschvicg, t. 13, p. 201 : C'est le cœur qui sent Dieu, et non la raison; le cœur a ses raisons, que la raison ne connaît point; section XII, 793, t. 14, p. 232 : aux yeux du cœur et qui voient la sagesse). E. Siège du souvenir, de la mémoire. Ca 1190 (M. DE FRANCE, Fables, 70, 61 ds T.-L. : Senz quer fu e senz remembrance); ca 1200 retenir par cuer (Poème moral, éd. Bayot, 1036); ca 1220 savoir par cuer (G. DE COINCY, Mir., éd. Koenig, I Mir 11, 757); 1690 (FUR. : On dit aussi, qu'on fait dîner quelqu'un par cœur quand on ne luy a point donné à dîner); 1694 p. ext. de savoir par cœur : apprendre une chose par cœur (Ac.), v. aussi TOBLER, Sitzung der philosophisch-historischen Classe vom 27. October 1904, Berlin, p. 1274, 1275. Du lat. class. (peut-être par l'intermédiaire d'une forme , FOUCHÉ, p. 656, BL.-W.1-5) qui, dans la conception antique, est à la fois le siège de la vie et des fonctions vitales, et celui des passions et des émotions, des pensées et de l'intelligence, de la mémoire et de la volonté (cf. gr. « cœur » et aussi « entrée de l'estomac », « siège des passions et des facultés de l'âme »; v. aussi K. Weinberg ds Arch. St. n. Spr., t. 203, 1966-67, pp. 1-31); pour par cœur, v. BAMBECK, Lat. rom. Wortstudien, n° 126. Fréq. abs. littér. :56 064. Fréq. rel. littér. :XIXe s. : a) 99 094, b) 84 140; XXe s. : a) 80 349, b) 60 462. Bbg. BERGMANN (K.). Herz/cœur. Zeitschrift für Deutschkunde. 1935, t. 49, pp. 73-78. — BRUYNDONCKX (J.M.). Les Emplois du mot cœur d'après quatre aut. du XVIe s. Louvain, 1967. — FLASCHE (H.). Der Begriff cœur bei Guez de Balzac. Rom. Jahrb. 1949, t. 2, pp. 224-254; [Cœur]. Philosophia. 1951, t. 8, pp. 31-50. — GOUG. Mots t. 1, 1962, pp. 116-117; p. 260. — LOMMATZSCH (E.). Arch. St. n. Spr. 1912, t. 28, pp. 252-257. — MOLES (E.). Pascal's theory of the heart. Mod. Lang. Notes. 1969, t. 84, n° 4, pp. 548-564. — SCHITTENHELM. Zur stilistischen Verwendung des Wortes cuer in der altfranzösischen Dichtung. In : [Mél. Ewert (A.)]. Oxford, 1961, p. 179. — TABACHOVITZ (A.). Vivre — cœur. Vox. rom. 1959, t. 18, pp. 49-93. — WEINBERG (K.). Zum Wandel des Sinnbezirks von Herz und Instinkt unter dem Descartes. Arch. St. n. Spr. 1966, t. 203, pp. 1-31.

cœur [kœʀ] n. m.
ÉTYM. 1508; cuer, v. 1130; quors, v. 1050; du lat. cor, cordis.
———
I
A
1 Organe central de l'appareil circulatoire. Chez l'homme, Viscère musculaire situé entre les deux poumons et dont la forme est à peu près celle d'une pyramide triangulaire à sommet dirigé vers le bas, en avant et à gauche. Cardiaque; -carde, cardi-; fam. battant, palpitant. || En forme de cœur. Cardioïde. || Enveloppes du cœur. Endocarde, péricarde. || Muscle du cœur. Myocarde. || Cavités du cœur. Oreillette, valvule, ventricule.Spécialt (méd.; inconnu de l'usage courant). || Cœur droit (oreillette et ventricule droits), où circule le sang veineux; cœur gauche (oreillette et ventricule gauches), où circule le sang artériel.Mouvements du cœur. Battement; battre, palpitation, pulsation. || Contraction ( Systole), dilatation ( Diastole) du cœur. || Lésions du cœur : angiocardite, cardite, coronarite, endocardite, myocardite, péricardite. || Troubles cardiaques : angine de poitrine, arythmie, bradycardie, cardialgie, collapsus, cyanose, dyspnée, souffle, tachycardie.Loc. || Radiographie du cœur. Angiocardiographie; cardiographie. || Opération chirurgicale à cœur ouvert, à l'intérieur du cœur. || À cœur fermé (rare) : qui n'exige pas l'ouverture des parties du cœur.Greffe du cœur : transplantation cardiaque. — ☑ Littér. Percer le cœur : tuer.
1 (…) je me percerais le cœur de mille coups, si j'avais eu la moindre pensée de vous trahir.
Molière, Dom Juan, II, 2.
2 C'est peu que de vouloir, sous un couteau mortel,
Me montrer votre cœur fumant sur un autel (…)
Racine, Iphigénie, III, 6.
3 Dans ce récit de 1924, je racontais l'opération d'un garçon nommé Rossignol, qui portait une plaie du cœur et que nous avions guéri. J'écrivais donc ces mots : « Si tu vis encore, dans ton hameau natal, rappelle-toi, Rossignol, que j'ai tenu, entre mes mains, ton cœur glissant et musclé comme un poisson ».
G. Duhamel, la Pesée des âmes, XIII, p. 310.
4 Le cœur, organe central de l'appareil circulatoire, est un muscle creux jouant à la fois le rôle d'une pompe aspirante ou foulante, appelant dans ses cavités le sang qui circule dans les veines, le chassant d'autre part dans les deux artères aorte et pulmonaire et, par l'intermédiaire de celles-ci, dans tous les réseaux capillaires de l'organisme.
L. Testut, Traité d'anatomie, t. II, p. 4.
5 (…) appuyons le doigt au-dessous et en dedans du mamelon, au niveau du cinquième espace intercostal gauche. Là, nous sentirons battre la pointe du cœur. Appliquons l'oreille à cet endroit. Nous entendons distinctement deux bruits : l'un à la pointe, sourd et prolongé, l'autre à la base, plus clair, plus bref, comme les bruits d'une montre (…)
P. Vallery-Radot, Notre corps…, p. 43.
6 (…) les efforts musculaires, les maladies fébriles, les émotions, la colère, accélèrent les battements du cœur, tandis que le sommeil les ralentit. Sous l'influence de causes diverses, en particulier une mauvaise nouvelle, ou un coup violent porté à l'estomac, le cœur peut s'arrêter pendant quelques instants, en même temps que la respiration : la syncope est réalisée.
P. Vallery-Radot, Notre corps…, p. 46.
7 (…) s'arrêtant toutes les deux marches, reprenant souffle, attendant que se calment un peu les battements précipités de son cœur (…)
Gide, Journal, 18 août 1930.
Tant que mon cœur battra : tant que je vivrai.
8 L'absence ni le temps ne sont rien quand on aime.
Tant que mon cœur battra,
Toujours il te dira :
Rappelle-toi.
A. de Musset, Poésies nouvelles, « Rappelle-toi ».
Cet organe, chez certains animaux, faisant partie des abats. || Cœur de veau aux carottes.
2 (XIIe). La poitrine, surtout dans : sur, contre le, mon, son… cœur. || Il la pressa, la serra tendrement sur son cœur, contre son cœur. || Mettre, appuyer la main sur son cœur.La main sur le cœur : dans une attitude théâtrale.
9 Quand un chanteur met la main sur son cœur, cela veut dire d'ordinaire : je l'aimerai toujours !
Baudelaire, Curiosités esthétiques, Salon de 1846, X, « Du chic et du pareil ».
10 (Il) portait sur son cœur, soulevé de terre, un enfant presque endormi de giration, qui laissait baller sa tête, et pendre ses bras (…)
Colette, la Naissance du jour, p. 210.
3 Estomac (dans quelques expressions). || J'ai encore mon dîner sur le cœur.Avoir mal au cœur : avoir des nausées. Haut-le-cœur.Avoir le cœur sur le bord des lèvres : être prêt à vomir. || Avoir le cœur barbouillé. || Un mal, des maux de cœur. Fam. || Le mal au cœur.
11 J'ai quelquefois des maux de cœur.
Molière, le Malade imaginaire, III, 10.
12 Quelque mal de cœur que me causât le balancement de la voiture (…)
Marmontel, Mémoires, II.
Fig. Soulever le cœur (de qqn). Dégoûter, écœurer.
13 (…) ces flatteurs insipides (…) dont toutes les flatteries ont une douceur fade qui fait mal au cœur à ceux qui les écoutent ?
Molière, l'Impromptu de Versailles, 4.
14 Et la satiété, qui succède au désir,
Amène un tel dégoût quand le cœur se soulève,
Que je ne sais, au fond, si c'est peine ou plaisir.
A. de Musset, Poésies nouvelles, « Idylle ».
(Choses).Rester sur le cœur.Fig. Avoir, garder une injure sur le cœur (→ fam. Je ne l'ai pas digéré).
15 (…) Je ne mâche point ce que j'ai sur le cœur.
Molière, Tartuffe, I, 1.
16 J'ai ce soufflet fort sur le cœur.
Molière, le Sicilien, 12.
17 Le silence de cet homme injuste me resta sur le cœur (…)
Rousseau, les Confessions, VIII.
18 (…) grâce à elle, j'ai pu voir le ministre lui-même, tout à loisir, déballer mes dossiers — et tout ce que j'avais sur le cœur (…)
Martin du Gard, les Thibault, t. IX, p. 120.
B Par anal.
1 (XVIe). Ce qui a la forme ou rappelle la forme du cœur humain (forme traditionnelle assez arbitraire, deux quarts de cercles accolés terminés en pointe vers le bas). || Cœur suspendu à un collier : bijou en forme de cœur. || Cœur à la crème : fromage à la crème en forme de cœur.
18.1 C'était tout petit, Pornichet, un petit peu sauvage, mais il y avait le facteur, des pêcheurs, des marchands de cœurs à la crème (…)
J. Prévert, Choses et autres, p. 30.
Fam., fig. Faire la bouche en cœur : affecter l'amabilité. Minauder.
Aux cartes, Une des quatre couleurs, dont les points sont figurés par des cœurs. || As de cœur. || Couper à cœur (→ ci-dessous, cit. 47).
19 Et par un six de cœur, je me suis vu capot.
Molière, les Fâcheux, II, 2.
Bot. || Cœur de Marie, Cœur de Jeannette. Diélytre.
Techn. Forme de taille à facettes du diamant.
2 (XIIIe). La partie centrale (de qqch.). Centre, milieu. || Le cœur d'une laitue, d'un fruit. Trognon. || Cœur d'artichaut. || Cœur de palmier. || Le cœur du bois. Aubier, duramen; → Arbre, cit. 19.
20 Les vieilles souches (de vigne) sont pourries jusqu'au cœur, et le fruit n'en vaut guère.
P.-L. Courier, I, 272, in Littré.
21 (…) son tourment qui le rongeait comme un ver au cœur d'une amande (…)
P. Mac Orlan, la Bandera, XVIII, p. 219.
Spécialt. Partie centrale (d'un fromage). || « Le cœur dur du Saint-Paulin (…) offre l'aspect (à la coupe) d'un camembert jeune… » (A. Eck, le Lait et l'Industrie laitière, p. 59). — ☑ Loc. À cœur, se dit des fromages dont la pâte est faite dans toute l'épaisseur. || Un camembert fait à cœur (→ À point).
21.1 (…) s'introduire sous la cloche à fromage où se font à cœur les doctrines double crème.
Jacques Perret, Bâtons dans les roues, p. 191 (jeu de mots sur fromage, fig., « occupation lucrative »).
Le cœur d'une ville. Centre.
22 Voilà (l'ennemi) dans le cœur du royaume (…)
La Bruyère, les Caractères, X, 11.
23 Le pays des golfes endormis, où la mer pénètre au cœur des montagnes, s'y frayant un chemin de ruisseau (…)
André Suarès, Trois hommes, « Ibsen », I, p. 71.
Cœur d'un réacteur nucléaire, sa partie active. || Cœur réactif, nucléaire.
Cœur de croisement, de traversée (en chemin de fer).
3 Fig. || Au cœur de l'hiver, de l'été, de la nuit : au plus fort de l'hiver, de l'été, de la nuit.
24 On était au cœur d'un hiver extrêmement rude.
Antoine Hamilton, Mémoires du comte de Gramont, 8.
25 De midi à une heure c'est le cœur du jour.
H. Bosco, Un rameau de la nuit, IV, p. 164.
Le cœur du sujet, de la question : le point essentiel, capital. || Le cœur du débat. Vif. || Le cœur d'une cible (en publicité).
———
II (XIe).
1 Par métaphore. Le siège des sensations et émotions.
26 Les sentiments que nous éprouvons sont toujours accompagnés par des actions réflexes du cœur; c'est du cœur que viennent les conditions de manifestation des sentiments, quoique le cerveau en soit le siège exclusif.
Claude Bernard, cité par Paul Chauchard, le Cœur et ses maladies.
Agiter, faire battre le cœur. Émouvoir. || Les palpitations (cit. 1 et 2) du cœur. || Serrement, pincement (cit. 2) de cœur. || L'angoisse au cœur. || Une douleur, un chagrin, qui arrache, brise, crève, fend, gonfle, perce, serre le cœur. || Avoir le cœur gros. || Avoir la rage au cœur.Prov. Cœur qui soupire n'a pas ce qu'il désire.L'effroi, la crainte glace, transit le cœur. || Avoir la joie au cœur.Le cri du cœur.
27 Le cœur gros de soupirs et frémissant d'horreur.
Corneille, Rodogune, III, 1.
28 À te revoir, j'ai de la joie au cœur.
Molière, Amphitryon, I, 1.
29 Je sens d'aise mon cœur tressaillir par avance.
Molière, les Femmes savantes, III, 2.
30 Je me sens tout tribouiller le cœur quand je te regarde.
Molière, George Dandin, II, 1.
31 Le voici. Vers mon cœur tout mon sang se retire.
J'oublie, en le voyant, ce que je viens lui dire.
Racine, Phèdre, II, 5.
32 Il devrait y avoir dans le cœur des sources inépuisables de douleur pour de certaines pertes.
La Bruyère, les Caractères, IV, 35.
33 Ce spectacle nous fendit le cœur.
Lamartine, Graziella, « Épisode », XIX, p. 51.
34 (…) à cet instant où mon cœur est brisé par un abandon si cruel et une trahison si basse (…) [s'écrie Bettine, abandonnée par son amant].
A. de Musset, Bettine, 18.
35 (…) tâchons d'apaiser ce pauvre cœur qui saute comme un petit oiseau (…)
G. Sand, la Mare au diable, VI, p. 55.
36 Le Petit Chose, perché sur le haut de la diligence, sentit, en entrant dans la ville, le froid le saisir jusqu'au cœur.
Alphonse Daudet, le Petit Chose, I, V.
37 J'avais le cœur serré et toutes les peines du monde à retenir mes larmes (…)
Alphonse Daudet, le Petit Chose, I, III.
38 Et pourtant c'eût été si bon, au milieu de tant de deuils et de tristesse d'avoir un peu d'amour pour se chauffer le cœur !
Alphonse Daudet, le Petit Chose, II, XVI.
39 Du coup son cœur bondit; ses yeux s'allument (…)
Alphonse Daudet, le Petit Chose, II, XVI.
40 Il pleure dans mon cœur
Comme il pleut sur la ville.
Quelle est cette langueur
Qui pénètre mon cœur ?
Verlaine, Romances sans paroles, III.
41 Elle (ma mère) me les reprochait (mes torts et mes fautes) avec un accent si douloureux que j'en avais le cœur déchiré.
France, le Petit Pierre, I, p. 11.
42 L'appartement était grand et froid. L'horrible silence qui y régnait me glaçait le cœur.
France, le Petit Pierre, IX, p. 54.
43 Il revenait le cœur en désarroi, le cœur en tumulte et en détresse.
Loti, Ramuntcho, II, II, p. 209.
44 Une immense joie dilatait son cœur (…)
Gide, les Faux-monnayeurs, III, XI, p. 410.
45 Le cerveau vidé, le cœur dans un étau (…)
Martin du Gard, les Thibault, t. VIII, p. 152.
46 Épousez-moi, Line chérie, je ne peux vous regarder sans que le cœur me saute dans la gorge.
G. Duhamel, Chronique des Pasquier, VIII, XII, p. 422.
47 Tu as dit : « Il nous fend le cœur » pour lui faire comprendre que je coupe à cœur. Et alors il joue cœur, parbleu !
M. Pagnol, Marius, III, 1.
2 Loc. (Le cœur, siège du désir, de l'humeur). Accepter, avouer, consentir… de bon cœur, de grand cœur, de tout cœur, de gaieté de cœur. Plaisir (avec), volontiers.
48 — La foi que vous m'avez donnée publiquement ? — Moi ? je ne vous l'ai point donnée de bon cœur, et vous me l'avez arrachée.
Molière, George Dandin, II, 2.
49 J'accepte de grand cœur pour jeudi votre bonne invitation en vous demandant seulement la permission de ne venir qu'après 5 heures.
Sainte-Beuve, Correspondance, 335, 27 nov. 1833, t. I, p. 403.
50 Ce n'est pas de gaieté de cœur qu'il renonce aux certitudes métaphysiques. Nul défi de mécréant agressif.
A. Maurois, Études littéraires, t. II, Duhamel, II, p. 90.
De tout son cœur : de toutes ses forces.
51 Je hais de tout mon cœur les esprits colériques (…)
Molière, Sganarelle, 17.
52 Je t'écoute de tout mon cœur.
Gide, les Nouvelles Nourritures, p. 11.
Si le cœur vous en dit : si vous en avez le désir, l'envie, le goût.Avoir, prendre qqch. à cœur, y prendre un intérêt passionné.N'avoir de cœur à rien. Enthousiasme, entrain, goût, intérêt, zèle. || Je n'ai pas le cœur à rire.
53 (…) vous prenez la chose fort à cœur.
Molière, les Précieuses ridicules, 1.
54 (…) Si le cœur vous en dit ?
Molière, le Dépit amoureux, V, 3.
55 Cette femme, que je comblais d'attentions, de soins, de petits cadeaux, et dont j'avais extrêmement à cœur de me faire aimer.
Rousseau, les Confessions, VIII.
56 Je n'ai plus deux jours de suite de bonne santé; cela me fait enrager, car je n'ai cœur à rien au milieu de mes souffances.
Chateaubriand, Mémoires d'outre-tombe, III, XIII.
57 Bien qu'on ait du cœur à l'ouvrage,
L'Art est long et le temps est court.
Baudelaire, les Fleurs du mal, XI, « Guignon ».
58 Pour moi qui n'ai rien tant à cœur que d'y voir clair, je reste ahuri devant l'épaisseur de mensonge où peut se complaire un dévot.
Gide, les Faux-monnayeurs, I, XII, p. 138.
59 Si je pensais que cette civilisation fût le prolongement de celle qui, depuis trente ou quarante siècles, a (…) enrichi, orné, ennobli le patrimoine de l'espèce, de quel cœur ne chanterais-je pas ses louanges.
G. Duhamel, Scènes de la vie future, XV, p. 248.
À cœur joie : avec délectation, jusqu'à satiété. || S'en donner à cœur joie.
60 Il s'enfonça à cœur joie dans les mauvaises pensées, et, à mesure qu'il y plongeait plus avant, il sentait éclater en lui-même un rire de Satan.
Hugo, Notre-Dame de Paris, IX, 1.
61 On entend les hirondelles chanter à cœur joie; on devine que dehors le printemps resplendit (…)
Loti, les Désenchantées, IV, p. 51.
D'un cœur léger : avec insouciance et plaisir (→ Accepter, cit. 10).
62 Cet argent suffit à payer notre retour, et nous nous embarquons le cœur léger, et la bourse aussi.
Loti, Aziyadé, LXIV, p. 173.
Tenir au cœur (vx), tenir à cœur : être considéré comme très important.
63 Diantre ! l'amour vous tient au cœur de bon matin.
Racine, les Plaideurs, I, 6.
64 Une beauté me tient au cœur.
Molière, Dom Juan, I, 2.
65 Cette galère lui tient au cœur.
Molière, les Fourberies de Scapin, II, 7.
66 Insistant sur un sujet qui lui tenait à cœur, il reprit (…)
France, Histoire comique, I, p. 10.
3 Le siège de l'affectivité (sentiments, passions). || Les sentiments que le cœur éprouve, ressent. Sensibilité; sentiment; affection, attachement, inclination, passion, tendresse. || Engourdir son cœur dans l'oubli (→ 1. Pouvoir, cit. 32).Le cœur de qqn, son cœur. || Écouter son cœur. || Avoir un cœur tendre, sensible, fidèle. || Un cœur débordant de tendresse. || Porter qqn dans son cœur.(Spécialt. Amour). || Un cœur ardent, embrasé, enflammé d'amour. || Un cœur blessé qui saignera toujours. → Plein, cit. 17. || Cœur épris. || Cœur fidèle. || Cœur volage (fam. Cœur d'artichaut). || Offrir, refuser son cœur. || Épouser selon son cœur, par amour. || Union des cœurs. — ☑ Prov. Loin des yeux, loin du cœur.
67 Je me sens un cœur à aimer toute la terre (…)
Molière, Dom Juan, I, 2.
68 On disait l'autre jour (…) que la vraie mesure du mérite du cœur, c'était la capacité d'aimer.
Mme de Sévigné, 255, 9 mars 1672.
69 Cesser d'aimer, preuve sensible que l'homme est borné, et que le cœur a ses limites.
La Bruyère, les Caractères, IV, 34.
70 L'amour (…) n'est que le roman du cœur : c'est le plaisir qui en est l'histoire.
Beaumarchais, le Mariage de Figaro, V, 7.
71 Mon cœur, lassé de tout, même de l'espérance,
N'ira plus de ses vœux importuner le sort (…)
Lamartine, Premières méditations, VI, « Le vallon ».
72 Le cœur d'un homme vierge est un vase profond.
Lorsque la première eau qu'on y verse est impure,
La mer y passerait sans laver la souillure,
Car l'abîme est immense, et la tache est au fond.
A. de Musset, Premières poésies, « La coupe et les lèvres », IV, 1.
73 Ah ! Barberine, loin des yeux, loin du cœur.
A. de Musset, Barberine, I, 1.
74 Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches
Et puis voici mon cœur, qui ne bat que pour vous.
Ne le déchirez pas avec vos deux mains blanches
Et qu'à vos yeux si beaux l'humble présent soit doux.
Verlaine, Romances sans paroles, Aquarelles, « Green ».
75 Autrefois on rêvait de posséder le cœur de la femme dont on était amoureux; plus tard sentir qu'on possède le cœur d'une femme peut suffire à vous en rendre amoureux.
Proust, À la recherche du temps perdu, t. I, p. 266.
75.1 Et toutes ces lèvres qui m'avaient embrassé, ces cœurs qui m'avaient aimé (c'est bien avec le cœur que l'on aime, n'est-ce pas, ou est-ce que je confonds avec autre chose ?), ces mains qui avaient joué avec les miennes (…)
S. Beckett, Premier amour, p. 17.
Loc. … de cœur. || Ami de cœur : ami très cher. || Affaire de cœur, d'amour.
Jeunesse de cœur : fraîcheur de sentiments. || Un cœur toujours jeune. → Adieu, cit. 12; affection, cit. 14; âge, cit. 19; aimer, cit. 40; appétit, cit. 23.
76 (…) on n'a plus le cœur jeune impunément quand le corps a cessé de l'être.
Rousseau, les Confessions, X.
77 Jeunesse de visage et jeunesse de cœur.
A. de Musset, Poésies nouvelles, « Lucie ».
78 Un sentiment nouveau, une flamme de tendresse, embrasait son vieux cœur.
Martin du Gard, les Thibault, t. III, p. 252.
Spécialt (quant à la sensibilité morale, aux capacités de compassion). || Le cœur de qqn, son cœur. || Son cœur est sensible, dur. — ☑ Loc. métaphorique. Un cœur d'acier, de pierre (cit. 2). || Un cœur, son cœur dur, dur comme de la pierre (cit. 3.1).Par métonymie. La personne, quant à sa sensibilité. || C'est un cœur dur, impitoyable, un cœur d'acier (vx; → ci-dessous, cit. 80).
79 (…) si ton cœur sensible
À la compassion peut se rendre accessible (…)
Corneille, Médée, IV, 5.
80 Quoi ? dans leur dureté ces cœurs d'acier s'obstinent !
Corneille, Horace, III, 2.
81 Pour attendrir mon cœur, on a recours aux larmes ?
Racine, Iphigénie, III, 6.
4 Bonté, sentiments altruistes (dans quelques expressions). || Avoir du cœur. Altruisme, bienveillance, charité, compassion, délicatesse, dévouement, générosité, pitié, sensibilité. || Avoir un cœur d'or.Homme, femme de cœur.Être sans cœur, manquer de cœur. || C'est un sans-cœur. Sans-cœur.
82 (…) au moins se doit-on à soi-même de rendre honneur à l'humanité souffrante ou à son image, et de ne point s'endurcir le cœur à l'aspect de ses misères.
Rousseau, Julie ou la Nouvelle Héloïse, V, II.
Par métaphore du sens propre :
83 Mon cœur ne bat que par sympathie; je ne vis que par autrui (…)
Gide, les Faux-monnayeurs, I, VIII, p. 93.
Bon cœur : altruisme spontané. || Il a bon cœur (quasi syn. de il a du cœur, ci-dessus). || Bon cœur et mauvais caractère.Par métonymie. || C'est un bon (un excellent) cœur. — ☑ Loc. À votre bon cœur, formule destinée à solliciter la générosité de qqn.
Fam. Avoir le cœur sur la main : être généreux.
84 Les natures au cœur sur la main ne se font pas l'idée des jouissances solitaires de l'hypocrisie, de ceux qui vivent et peuvent respirer, la tête lacée dans un masque.
Barbey d'Aurevilly, les Diaboliques, « Le dessous de cartes… ».
85 Saurai-je jamais rien dire des êtres ruisselants de vertu et qui ont le cœur sur la main ? Les « cœurs sur la main » n'ont pas d'histoire; mais je connais celle des cœurs enfouis et tout mêlés à un corps de boue.
F. Mauriac, Thérèse Desqueyroux, Prologue, p. 8.
À cœur ouvert. || Recevoir qqn à cœur ouvert, avec une sympathie chaleureuse.
86 Nous étions reçus à cœur ouvert partout, et toujours il fallait manger et boire.
Loti, Mon frère Yves, XXI, p. 72.
S'adresser, parler au cœur. || Un artiste qui chante, joue avec son cœur. || Lettre pleine de cœur. Sensibilité, sentiment.
87 (…) l'écrivain (Lamennais) s'adresse au cœur par toutes les tendresses, à l'esprit par tous les artifices, à l'âme par tous les enthousiasmes.
Hugo, Littérature et Philosophie mêlées, p. 68.
88 Elle disait, en effet, qu'on ne joue bien qu'en jouant avec son cœur.
France, Histoire comique, II, p. 30.
89 (…) des mélodies spontanées, qui parlent simplement au cœur.
R. Rolland, Musiciens d'autrefois, p. 233.
Mots qui viennent du cœur.
90 L'huile et les parfums réjouissent le cœur; telle la douceur d'un ami dont le conseil vient du cœur.
Bible (Crampon), Proverbes, XXVII, 9.
91 (…) certains mots venus du cœur toucheraient le lecteur davantage que tous ces raisonnements plus ou moins captieux, c'est précisément pour cela que, ces mots, je ne les ai point prononcés.
Gide, Journal, 1918, Feuillet 2.
Toucher le cœur.Aller au cœur, droit au cœur. Émouvoir.
92 (Ce poète) alla droit au cœur, il eut des soupirs, pour échos et des larmes pour applaudissements.
Lamartine, Premières méditations, Préface.
5 (XIIe). Littér. Source des qualités de caractère, siège de la conscience. || Avoir un cœur bien né, haut placé.Noblesse, bassesse, petitesse du cœur. Âme.
93 Ramenez cet ingrat tremblant à mes genoux,
Le repentir au cœur, les pleurs sur le visage.
Corneille, Pertharite, II, 1.
94 Le bon cœur est chez vous compagnon du bons sens (…)
La Fontaine, Fables, XII, 23.
95 Le jour n'est pas plus pur que le fond de mon cœur.
Racine, Phèdre, IV, 2.
96 Un noble cœur ne peut soupçonner en autrui
La bassesse et la malice
Qu'il ne sent point en lui.
Racine, Esther, III, 9.
97 Le vers se sent toujours des bassesses du cœur.
Boileau, l'Art poétique, IV.
98 La Feuillade (…) un cœur corrompu à fond, une âme de boue.
Saint-Simon, Mémoires, III, 196.
99 L'instruction fait tout; et la main de nos pères
Grave en nos faibles cœurs ces premiers caractères.
Voltaire, Zaïre, I, 1.
100 À tous les cœurs bien nés que la patrie est chère !
Voltaire, Tancrède, III, 1.
101 L'égalité, notre passion naturelle, est magnifique dans les grands cœurs, mais, pour les âmes étroites, c'est tout simplement de l'envie.
Chateaubriand, Mémoires d'outre-tombe, t. V, p. 444.
102 Il accepte, comme l'hostie, la mort avec un cœur simple et obéissant.
Claudel, Feuilles de saints, IX.
103 Dostoïevski, le cœur le plus profond, la plus grande conscience du monde moderne.
André Suarès, Trois hommes, « Dostoïevski », V, p. 272.
104 Cet ennemi des siens, ce cœur dévoré par la haine et par l'avarice, je veux qu'en dépit de sa bassesse vous le preniez en pitié.
F. Mauriac, le Nœud de vipères, Avant-propos.
Vx. Avoir du cœur, de l'honneur, de la fierté. Courage.
105 Rodrigue, as-tu du cœur ?
Corneille, le Cid, I, 5.
106 Un orgueil noble et juste, et digne d'une reine
Qui soutient avec cœur et magnanimité
L'honneur de sa naissance et de sa dignité.
Corneille, Pompée, III, 1.
107 Cette fille a du cœur, et dans l'adversité
Elle sait conserver une noble fierté (…)
Molière, l'Étourdi, I, 4.
Mod. || Le cœur lui manqua et il s'enfuit. || Il n'aura pas le cœur de faire cela. || Donner, avoir du cœur à l'ouvrage.
108 Mais je n'aurais jamais le cœur
De pouvoir préférer l'un de vous deux à l'autre.
Molière, Psyché, I, 3.
109 Le cœur me manque.
Molière, la Critique de l'École des femmes, 3.
110 (…) pour fortifier mon cœur et mon esprit contre les amertumes de la vie.
Mme de Sévigné, 593.
Loc. (où cœur est plutôt compris au sens II, 1).
111 Quand on se vante d'avoir la tête solide, le cœur bien accroché, les nerfs à toute épreuve.
G. Duhamel, Chronique des Pasquier, V, X.
6 Par métonymie. La personne considérée dans ses sentiments, ses affections, notamment amoureuses. || Conquérir, gagner les cœurs. || Bourreau des cœurs.
112 Je vous offre mon bras. Puis-je espérer encore
Que vous accepterez un cœur qui vous adore ?
Racine, Andromaque, I, 4.
113 Charmant, jeune, traînant tous les cœurs après soi.
Racine, Phèdre, II, 5.
114 Réunissons trois cœurs qui n'ont pu s'accorder.
Racine, Andromaque, V, 5.
115 On sentait qu'une multitude de cœurs pensaient à vous, une multitude de cœurs inconnus, chauds comme le dessous d'un édredon.
G. Duhamel, Récits des temps de guerre, IV, p. 21.
T. d'affection. || Mon cœur, Mon cher cœur, Mon petit cœur. Amour.
116 Il faut que je l'appelle et Mon cœur et M'amie.
Molière, les Femmes savantes, II, 9.
117 Quelle joie en effet, quelle douceur extrême,
De se voir caresser d'une épouse qu'on aime !
De s'entendre appeler « petit cœur », ou « mon bon ».
Boileau, Satires, X.
Loc. Joli comme un cœur.
Faire le joli cœur, le beau, le galant.
117.1 C'est alors que, soudain, je vis Matigot. Tué, bien tué, net, pâle, pur (…) Matigot était garçon boucher, mauvais coucheur, joli cœur. Naturellement, la mort lui donnait de la noblesse.
Drieu La Rochelle, la Comédie de Charleroi, p. 44.
7 La vie intérieure; la pensée intime, secrète (de qqn). || Renfermer qqch. dans son cœur.Du fond de son cœur, dans le secret de son cœur : dans son for intérieur. Dedans, fond. — ☑ Loc. Sonder les cœurs, les reins et les cœurs.
118 C'est moi qui suis le Seigneur qui sonde les cœurs, et qui éprouve les reins (…)
Bible (Sacy), Jérémie, XVII, 10.
119 Je sais comme je parle, et le Ciel voit mon cœur.
Molière, Tartuffe, I, 6.
120 (Parfois) Il est bon de cacher ce qu'on a dans le cœur.
Molière, le Misanthrope, I, 1.
121 La constance des sages n'est que l'art de renfermer leur agitation dans leur cœur.
La Rochefoucauld, Maximes, 20.
122 Roxane dans son cœur peut-être vous pardonne.
Racine, Bajazet, II, 5.
123 (…) pendant que la bouche accuse, le cœur absout.
A. de Musset, Bettine, XVII.
124 Ce que la bouche s'accoutume à dire, le cœur s'accoutume à le croire.
Baudelaire, Œuvres, t. II, p. 424.
125 Ton nom est dans mon cœur comme dans un grelot.
Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac, III, 6.
126 (…) en exact analyste, j'avais cru bien connaître le fond de mon cœur.
Proust, À la recherche du temps perdu, t. XIII, p. 8.
Loc. En avoir le cœur net : savoir exactement ce qui en est, ne plus avoir de doute.
127 (…) je me dis qu'aujourd'hui même je vais non pas les épier, mais parler à Yves bien franchement, pour en avoir le cœur net (…)
Loti, Mme Chrysanthème, XLVIII, p. 250.
Épancher, ouvrir son cœur. Avouer, confier (se), livrer (se).Parler à cœur ouvert, avec effusion. || La voix du cœur.
128 Son cœur transparent comme le cristal ne peut rien cacher de ce qui s'y passe.
Rousseau, 2e dialogue.
129 C'est du fond du cœur que je parle.
Molière, Monsieur de Pourceaugnac, I, 3.
130 (Je veux que) Le fond de notre cœur dans nos discours se montre.
Molière, le Misanthrope, I, 1.
131 On ne lâche aucun mot qui ne parte du cœur.
Molière, le Misanthrope, I, 1.
132 (…) pour vous confirmer ici mes sentiments,
Souffrez qu'à cœur ouvert, Monsieur, je vous embrasse.
Molière, le Misanthrope, I, 2.
133 La sincérité est une ouverture de cœur.
La Rochefoucauld, Maximes, 62.
134 Le cœur sent rarement ce que la bouche exprime.
Campistron, Pompeia, II, 5.
135 Je n'aurais pas moins dit quand je n'aurais rien promis, car un continuel besoin d'épanchement met à tout moment mon cœur sur mes lèvres.
Rousseau, les Confessions, IV.
136 (…) le silence est pénible lorsque le cœur déborde.
Gide, Pages de journal, 30 oct. 1939.
137 (…) c'est bon, une fois par hasard, de pouvoir parler à cœur ouvert.
Martin du Gard, les Thibault, t. IX, p. 57.
8 Par cœur : de mémoire. || Apprendre, connaître, savoir, retenir, réciter par cœur.
138 Et cent autres babioles que je sais quelquefois par cœur.
Mme de Sévigné, 346.
139 (…) on retient par cœur malgré soi et voilà pourquoi nous disons retenir par cœur, car ce qui touche le cœur se grave dans la mémoire.
Voltaire, Dict. philosophique, Art dramatique.
140 Qui de nous, Lamartine, et de notre jeunesse,
Ne sait par cœur ce chant, des amants adoré,
Qu'un soir, au bord du lac, tu nous as soupiré ?
A. de Musset, Poésies nouvelles, « Lettre à Lamartine ».
141 (…) les petites rues descendaient, montaient, s'enlaçaient comme pour égarer le passant attardé (…) mais André en savait par cœur les détours.
Loti, les Désenchantées, XVII, p. 130.
141.1 Ils évoquèrent le souvenir d'autres matches fameux. Ils en connaissaient par cœur le déroulement, comme on sait par cœur des poèmes.
J.-L. Curtis, le Roseau pensant, p. 20.
Par ext.Connaître qqn par cœur, connaître parfaitement son caractère, sa vie.
142 (…) votre homme arrive; je l'ai étudié une bonne grosse demi-heure, et je le sais déjà par cœur.
Molière, Monsieur de Pourceaugnac, I, 2.
Fam., vieilli. Dîner par cœur : se passer de dîner.
9 Absolt. || Le Cœur : le sentiment, l'intuition mêlée d'affects.Opposé à raison, esprit (analytique).Avec la même valeur : son cœur et son esprit; un cœur soumis à la raison.
143 Le cœur a ses raisons, que la raison ne connaît point.
Pascal, Pensées, IV, 277.
144 Un cœur se laisse prendre et ne se raisonne pas.
Molière, Tartuffe, III, 3.
145 L'esprit est toujours la dupe du cœur.
La Rochefoucauld, Maximes, 102.
146 L'homme croit souvent se conduire lorsqu'il est conduit et pendant que par son esprit il tend à un but, son cœur l'entraîne insensiblement à un autre.
La Rochefoucauld, Maximes, 43.
147 Hippocrate arriva dans le temps
Que celui qu'on disait n'avoir raison ni sens
Cherchait dans l'homme et dans la bête
Quel siège a la raison, soit le cœur, soit la tête.
La Fontaine, Fables, VIII, 26.
148 Quelle mésintelligence entre l'esprit et le cœur !
La Bruyère, les Caractères, XI, 91.
149 Oserai-je dire que le cœur seul concilie les choses contraires et admet les incompatibles.
La Bruyère, les Caractères, XI, 73.
150 On dit bien quand le cœur conduit l'esprit.
Mme de Tencin, Correspondance avec Richelieu, p. 384.
151 Les grandes pensées viennent du cœur.
Vauvenargues, Réflexions et Maximes, p. 127.
152 La raison ne connaît pas les intérêts du cœur.
Vauvenargues, Réflexions et Maximes, 124, p. 43.
153 Au lieu d'écouter son cœur, qui la menait bien, elle écouta sa raison, qui la menait mal.
Rousseau, les Confessions, V.
154 L'art ne fait que des vers, le cœur seul est poète.
André Chénier, Élégies, XXI.
155 Ah ! frappe-toi le cœur, c'est là qu'est le génie.
C'est là qu'est la pitié, la souffrance et l'amour (…)
A. de Musset, À mon ami Édouard B.
156 On n'écrit pas avec son cœur, mais avec sa tête encore une fois, et si bien doué que l'on soit, il faut toujours cette vieille concentration qui donne vigueur à la pensée et relief au mot.
Flaubert, Correspondance, t. II, p. 136.
157 Mon cœur, si ma raison lui donne tort de battre, c'est à lui que je donne raison.
Gide, les Nouvelles Nourritures, p. 32.
158 Le cœur, dès qu'il s'en mêle, engourdit et paralyse le cerveau.
Gide, les Faux-monnayeurs, I, XVIII, p. 203.
159 Ce que nous appelons mouvements du cœur n'est que le bousculement irraisonnable de nos pensées.
Gide, Journal, 2 avr. 1929.
160 Il cédait plus volontiers aux impulsions du cœur qu'aux remontrances de la raison (…)
G. Duhamel, le Temps de la recherche, XVI, p. 225.
Spécialt. Intuition. || L'intelligence du cœur. || Le cœur me le dit. Pressentiment.
161 C'est le cœur qui sent Dieu, et non la raison; voilà ce que c'est que la foi : Dieu sensible au cœur, non à la raison.
Pascal, Pensées, IV, 278.
162 Nous connaissons la vérité non seulement par la raison (le raisonnement), mais encore par le cœur : c'est de cette dernière sorte que nous connaissons les premiers principes (…) C'est sur ces connaissances du cœur et de l'instinct qu'il faut que la raison s'appuie, et qu'elle y fonde tout son discours.
Pascal, Pensées, IV, 282.
163 Je n'ai point cédé, j'en conviens, à de grandes lumières surnaturelles : ma conviction est sortie du cœur, j'ai pleuré et j'ai cru.
Chateaubriand, le Génie du christianisme, 1re Préface.
164 Le cœur n'apprend que par la souffrance, et je crois, comme Kant, que Dieu ne s'apprend que par le cœur.
Renan, Souvenirs d'enfance…, Appendice.
165 L'intelligence et le cœur sont deux régions sympathiques et parallèles; l'une ne s'élargit pas sans que l'autre s'agrandisse; l'une ne se hausse pas sans que l'autre s'élève.
Hugo, Post-scriptum de ma vie, p. 6.
166 (…) si tu (lecteur) n'as jamais eu le cœur mordu — mordu jusqu'à crier — par le pressentiment des choses futures (…)
Alphonse Daudet, le Petit Chose, II, XV.
167 Les vérités découvertes par l'intelligence demeurent stériles.
Le cœur est seul capable de féconder ses rêves.
France, les Opinions de J. Coignard, Œ., t. VIII, p. 510.
168 L'intuition est une vue du cœur dans les ténèbres.
André Suarès, Trois hommes, « Dostoïevski », V, p. 261.
169 C'est vers les ressources du cœur que se tourne notre espoir. Trahis par cette intelligence savante dont les œuvres formidables ont parfois le visage même de la bêtise, nous aspirons au règne du cœur : tous nos désirs vont vers une civilisation morale, seule capable de nous exalter, de nous assouvir, de nous protéger, d'assurer l'épanouissement réel de notre espèce.
G. Duhamel, Possession du monde, X, 2, p. 228.
DÉR. V. Courage.
COMP. Accroche-cœur, brise-cœur, cache-cœur, casse-cœur, cœur-poumon, contre-cœur (à), crève-cœur, écœurer, haut-le-cœur.
DÉR. et COMP. (Du lat. cor, cordis) Accord, cardia, cardialgie, cardiaque, cardiotonique, cardite, concorde, cordial, cordiforme, discord, miséricorde, précordial.
HOM. Chœur.

Encyclopédie Universelle. 2012.


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